Le bleu pastel

Le pastel est, dans nos esprits contemporains, une sorte de craie très friable utilisée pour dessiner. À vrai dire, le pastel est un matériau qui a connu plusieurs formes et finalités selon les époques ; symbole de richesse à la Renaissance, il est aussi utilisé en peinture, en teinture et en cosmétique. Laissons-nous entraîner dans les origines et la signification de sa couleur originelle, le bleu pastel.

Histoire :

Le pastel vient d’une plante à fleurs jaunes (Isatis tinctoria en latin), de la famille du colza. C’est dans ses feuilles, lisses et larges, que l’on trouve, après extraction, le bleu. Le pastel est utilisé depuis 2500 ans av. J.-C. en Égypte, dans le processus de momification. En Grèce antique, ce sont ses vertus thérapeutiques qui sont connues et utilisées, notamment pour les affections de la peau et les maladies du foie. On lui attribue également des propriétés cicatrisantes, antiseptiques et diurétiques.

Pastel_Isatis Tinctoria
La plante : Isatis tinctoria.

Il est introduit par les Maures en Europe occidentale où il est cultivé et utilisé à partir du XIIe siècle ; dans un premier temps pour ses vertus thérapeutiques, puis petit à petit, pour ses qualités de teinture. En France, c’est dans la région de Toulouse, plus précisément dans le triangle formé par Toulouse, Albi et Castelnaudary, qu’il trouve le climat et le sol les plus appropriés à son développement. La culture du pastel atteint son âge d’or entre le XVe et le XVIe siècle, la région toulousaine devenant le grand centre de production européen. On parle de l’ « herbe du Lauragais », le Lauragais étant le nom donné à la province. Le Bleu de pastel était, à l’époque de son âge d’or, essentiellement utilisé pour la teinture des textiles, mais aussi comme peinture dans les Beaux-arts et le bâtiment. Pour autant, si les teinturiers nous ont laissé de nombreux documents renseignant sur leurs techniques de fabrication et d’utilisation du pastel, il n’en va pas de même des peintres, pour lesquels nous avons que peu d’informations.

Le pastel connait son déclin avec l’arrivée du bleu indigo rapporté des Indes au milieu du XVIe siècle, accompagné par les guerres de religion qui affaiblissent la région et son économie. Le pastel disparait complètement à la fin du XIXe siècle avec le développement des teintures chimiques bleues à base de colorants de synthèse.

Technique de fabrication :

La couleur ne s’obtient qu’après un long processus d’extraction. La culture du pastel est longue et réclame une main-d’œuvre importante. Les feuilles du pastel sont récoltées entre les mois de juillet et novembre. A la Renaissance, elles étaient d’abord envoyées au meunier pastelier qui les lavait, séchait et écrasait sous une meule pour en obtenir une pâte végétale.

Pastel_Broyage des feuilles dans un moulin pastellier (Thuringe, 1752)
Broyage des feuilles dans un moulin pastellier (Thuringe, 1752).

Celle-ci était laissée à fermenter ; l’oxydation rendant l’ensemble verdâtre, puis bleuâtre sur le dessus.

Pastel_Fabrication_Oxydation
Etape d’oxydation

L’étape suivante, celle des mouleurs, consistait à faire des boules de la taille d’un pamplemousse. Les boules formées étaient appelées les « coques » ou « cocagnes » ; c’est de là que vient le nom de Pays de Cocagne désignant la région de fabrication du pastel.

Les coques étaient ensuite mises à sécher et durcir pendant quatre mois, un état qui permettait dès lors un transport plus pratique et sous lequel le pigment bleu se conservait mieux.

Aujourd’hui, les techniques ont évolué, il ne s’agit plus de former des coques ; dès l’oxydation, le liquide est mis à reposer dans des cuves afin de laisser retomber le pigment dans le fond. Le liquide est ensuite retiré et le pigment est raffiné, filtré et séché.

De la couleur originale, en mélangeant à d’autres teintures, on obtenait d’autres couleurs.

L’essor économique :

Un commerce très lucratif se développe donc aux XVe et XVIe siècles, enrichissant autant les paysans à la culture des plantes, les pasteliers, les négociants, les transporteurs, les teinturiers, etc. Grâce au commerce du pastel, de nombreuses personnes se sont enrichies jusqu’à façonner et marquer la pierre de leur richesse. De fait, les marchands et négociants pasteliers, ayant amassé d’immenses fortunes, se sont fait construire plusieurs hôtels particuliers de style Renaissance (l’Hôtel d’Assézat à Toulouse en est représentatif) ou ont financé des églises dans la ville de Toulouse, ou d’Albi, marquant jusqu’à nos jours le patrimoine architectural de la région. On parlait alors de la « Cité bleue ». On parle encore de l’or bleu de la ville rose.

Pastel_Hôtel d'Assézat, Toulouse_Flickr
Hôtel d’Assézat à Toulouse

Aujourd’hui :

Le pastel a été réintroduit dans la région toulousaine depuis une vingtaine d’années. L’utilisation du pastel connait ainsi un renouveau croissant, autant pour les teintures manuelles que dans la cosmétologie (huile pour la peau, fond de teint, rouge à lèvres), la mode ou encore la pharmacie.

Quelques entreprises (dont vous trouverez les noms dans les liens de la bibliographie) se sont associées à des laboratoires pour développer des techniques de fabrication du bleu pastel pour la teinture comme pour la peinture. Mais il semblerait que le pastel puisse servir d’autres domaines tels que l’électronique ou l’aéronautique.

Enfin, plusieurs musées du pastel ont récemment vu le jour, en lien avec différents commerces liés à la production du pastel (cf. Bibliographie).

Auteur : Estelle Pautret


Pour aller plus loin :

Sources des images :

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2 réflexions sur “ Le bleu pastel ”

  1. Bravo Estelle pour ton article sur le pastel ! Je rajouterai juste pour l’anecdote que les enlumineurs racontent qu’à l’époque, pour la macération des boules de cocagne, le meilleur ingrédient à ajouter était de l’urine d’homme enivré, particulièrement au vin blanc ! Aujourd’hui, de l’ammoniaque fera l’affaire. Bien amicalement.
    Martine

    Aimé par 1 personne

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