Peuple des Na

Perdus au fin fond des montagnes chinoises de l’Himalaya, près de la frontière avec la Birmanie, vivent les Na, appelés aussi parfois les Moso ou les Naxi. Comptant 30 000 habitants, ce peuple vit d’agriculture (riz), d’élevage et de pêche. Les croyances religieuses se situent entre le bouddhisme tibétain et un culte de la fertilité de la nature.

Carte - peuple na
Localisation géographique du peuple Na, à la frontière entre le Sichuan et le Yunnan.

Pourtant discret et d’une démographie peu importante, le peuple Na s’est fait connaître du monde entier par l’anthropologue Cai Hua, ayant vécu parmi eux plusieurs années. Dans son livre Une société sans père ni mari : les Na de Chine, il décrit un système familial, sexuel et amoureux bien particulier.

Village na (CC)
Village na.

Les relations entre hommes et femmes :

Chez les Na, il n’existe ni la notion de père ni celle de mari. Les relations entre les hommes et les femmes sont régies par ce qu’on appelle « la visite furtive ». Dès l’âge de treize ans, les femmes acquièrent leur propre chambre, avec une porte donnant un accès direct au-dehors. C’est par cette porte que les hommes, dans la discrétion la plus totale, peuvent rejoindre la femme pour la nuit. La femme choisit alors un homme parmi ses prétendants avec qui elle restera jusqu’au petit matin. Le terme de « visite furtive » vient du fait que personne dans la maison n’est au courant des aventures de la femme. L’homme arrive tard dans la nuit, repart tôt le matin. Dans ce système, hommes et femmes ont le choix d’accepter ou de refuser toutes relations.

Par ailleurs, le système est polygame : sauf exception informelle (la « visite furtive » peut devenir « visite ostensible » ou « visite ouverte », c’est-à-dire qu’elle n’est plus dissimulée aux membres familiaux de la femme), personne n’a un devoir de fidélité. Au contraire, la jalousie est incomprise, voire mal vue. Les femmes peuvent ainsi avoir plusieurs amants, d’une nuit ou de plusieurs mois si des affinités se créent entre les deux partenaires. Cette manière d’appréhender les relations amoureuses et sexuelles influencent indubitablement le système familial. Chez les Na, les enfants ne connaissent pas leur père biologique. Ils sont élevés au foyer maternel, se composant de la femme et de ses frères. L’oncle maternel devient une sorte de figure paternelle.

Famille_élargie_Moso
Famille élargie Na

Organisation du foyer :

Au sein du foyer, hommes et femmes ont chacun des rôles bien définis : la femme s’occupe des enfants et des tâches ménagères, pendant que les hommes se dévouent aux tâches extérieures, travaillant pour entretenir leurs sœurs, neveux et nièces. Les travaux agricoles sont, quant à eux, réalisés ensemble. Dans chaque maison, un homme et une femme sont considérés comme chefs et dirigent l’ensemble des tâches dévolues à leur sexe.

Femme na cuisinant des sortes de pancakes (CC)
Femme cuisinant des sortes de pancakes

Avoir une fille est de bon augure puisque c’est elle qui assurera la transmission du patrimoine familial et surtout de la lignée : sans fille, la lignée s’éteint. Néanmoins, la naissance d’un garçon permet un support pour le ménage aussi bien dans l’entretien du foyer que dans l’éducation des enfants de sa sœur.

Vieille ville de Lijiang, 1988. (CC)
Hommes revenant du travail, vieille ville de Lijiang, 1988.

Influences de la religion :

Les croyances religieuses et la configuration familiale sont assez liées. Les Na vouent un culte à la nature, notamment à la montagne Hlidi Gemu – qui incarne la Déesse Mère – et à l’eau, symbole de fertilité. La position de l’homme dans le système de parenté est comparée à celle de la pluie dans la croissance de l’herbe : elle apporte uniquement l’eau nécessaire. Lorsqu’une femme désire un enfant, il est coutume d’aller à la montagne Hlidi Gemu, et de boire l’eau de la source qui y coule.

Montagne mere_Moso
La montagne Hlidi Gemu

Par ailleurs, au sein de la conception familiale, la femme la plus âgée, la grand-mère, représente un rôle important au sens où elle est chargée du culte des ancêtres et transmet la mémoire de la lignée.

Aux croyances animistes se sont ajoutées des influences bouddhistes venues de peuples voisins telles que se rendre au temple pour prier ou vénérer des divinités bouddhistes.

La notion de matrilinéarité :

Les Na sont donc un exemple de société dite matrilinéaire : l’héritage, le nom de famille, les titres, les propriétés… tout se transmet par la mère, et non par le père. En pratique, on trouve dans le monde relativement peu de sociétés ou de communautés matrilinéaires. Parmi les plus connues, on retient souvent les Minangkabau (Indonésie) ou les Boyowan (Îles Trobriand, Nouvelle-Guinée) ou bien encore le judaïsme.

Auteur : Gaétan Chevreau


Pour aller plus loin :

Publicités

Une réflexion sur “ Peuple des Na ”

  1. Texte intéressant, bonne illustration, je crois que les habitants des iles Adaman s’il en reste, aprés le sunami, sont aussi de culture matrilinéaire.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s