Norouz, le Nouvel An iranien

Norouz, parfois aussi appelé Nevruz (turc) ou Newroz (kurde) est le Nouvel An perse, célébré en Iran mais aussi dans l’ensemble des pays de l’ancienne Perse (parmi lesquels l’Afghanistan, le Pakistan, l’Irak, la Turquie, etc.). Le premier jour de l’an perse correspond plus ou moins au premier jour du Printemps, ou plus exactement à l’équinoxe de Printemps qui tombe entre le 20 et le 22 mars de chaque année.

Origine :

Le mot Norouz, en persan, signifie « nouveau jour ». Bien que les avis divergent, la plupart des chercheurs s’accordent pour dire que les origines de cette célébration remontent aux traditions ancestrales de la Perse. Les plus anciens documents conservés qui parlent des célébrations de Norouz remontent au IIe siècle ap. J.-C. en Perse. Selon les traditions iraniennes et zoroastriennes*, Norouz correspond au jour où Dieu créa l’univers.

De plus, selon le Shâhnâmeh, grand récit mythique de l’histoire des rois iraniens écrit au Xe siècle par Ferdowsi, grand poète iranien, Norouz correspond au jour du couronnement du roi perse Djamshid. Ce serait en hommage à l’âme vertueuse de ce roi mythique qui s’est battu pour la paix et la liberté de son peuple que ce dernier décida d’une fête qui fut répétée au fil des ans.

Les traditions :

Au fil du temps, les traditions autour de la célébration de Norouz se sont développées, intégrant les influences aussi bien culturelles que religieuses des différentes régions dans lesquelles elle s’étendait.

Tchâhâr Shanbeh Souri (littéralement « mercredi enflammé »): le dernier mardi soir de l’année solaire, qui tombe au mois de mars, est toujours marqué par un grand rassemblement populaire durant lequel on allume des feux. La coutume veut que l’on s’essaie à sauter par-dessus les flammes, dans le but symbolique de capter la force et l’énergie vitale du feu, symbole zoroastrien de santé et de bien-être. De nombreuses danses rituelles sont aussi impliquées dans les célébrations autour du feu. Cette fête s’accompagne de plusieurs traditions et cérémonies populaires telles que le fait d’offrir des mélanges de fruits secs, pistaches, noix, etc., symboles du bonheur partagé durant l’année passée.

Roi Tahmasp I et Humayun célébrant Norouz, peinture XVIe siècle. Palais de Chehel Sotoun, Ispahan.
Roi Tahmasp I et Humayun célébrant Norouz, peinture du XVIe siècle. Palais de Chehel Sotoun, Ispahan.

Une autre tradition veut que l’on casse des pots en terre ou de la vaisselle dans le but de chasser la mauvaise fortune.

Le même jour, des enfants se déguisent et se masquent pour aller, à travers les rues en tapant sur des casseroles, sonner chez les voisins et demander des sucreries. Cette tradition viendrait des femmes qui, autrefois, sonnaient chez leurs voisins pour demander de la nourriture et se déguisaient pour ne pas être reconnues.

Les jours précédents le Nouvel An, des personnages du nom de Hadji Firouz, maquillés de noir et habillés en rouge, circulent dans les rues, en chantant et dansant pour la nouvelle année.

HajjiFiruz
Personnage de Hadji Firouz

Préparatifs et rituels de la célébration :

Bien que les coutumes varient d’un pays à l’autre, on retrouve des caractéristiques communes. Les préparatifs et rituels commencent dès le mois de février. Chaque foyer fait un grand ménage chez soi.

Sabzi polo bâ mâhi : il s’agit du plat de fête traditionnel du Nouvel An, composé de riz aux herbes telles que le persil, l’aneth et la ciboulette, accompagné de poisson. Ce plat s’accompagne aussi de koukou sabzi, une sorte d’omelette aux herbes.

Kookoo-sabzi
Koukou sabzi

‘eïd didani, « les visites de famille » : il est aussi coutume, le premier jour de la nouvelle année, de se rendre chez les grands-parents, oncles et tantes. Ce sont en général les plus jeunes qui se déplacent chez les plus âgés de la famille, souvent l’occasion d’y recevoir des présents.

Les haft sin : il s’agit de la tradition principale de Norouz ; la disposition sur une table de sept éléments hautement symboliques pour la célébration, dont la première lettre du nom est un s. Ils représentent les sept créations et les sept immortels protégeant le peuple dans les traditions iraniennes. Chaque famille essaie de présenter la table la plus jolie possible car celle-ci sera vue par tous leurs visiteurs durant les fêtes et représente leur goût et leur tenue de vie. La table est ainsi conservée jusqu’au 13e jour après le Nouvel An. Les sept éléments varient d’une région à l’autre :

  • Sabzeh : depuis le début du mois de mars, on a fait germer des graines de blé ou des lentilles dans une assiette que l’on a décorée d’un ruban dans les tons rouge. Le blé ou les lentilles, une fois levés, forment un haut tapis de pousses, symbole de renaissance.
  • Sir : l’ail, symbole de la médecine
  • Samanou : crème très sucrée de germes de blé, symbole d’abondance
  • Senjed : fruit séché du jujubier, symbole de l’amour
  • Somâq : baies de sumac, symbole de santé et de soleil pour sa couleur
  • Sib : pomme, symbole de la beauté et de la santé
  • Serkeh : vinaigre, symbole de l’âge et de la patience
  • Sonbol : jacinthe, symbole de l’arrivée du Printemps
  • Sekkeh : pièces de monnaie, symbole de la prospérité et de la fortune
  • On trouve encore d’autres objets tels que des poissons rouges, symbole de vie ; des bougies, symbole de bonheur ; des œufs, symbole de fertilité ; le Coran ou encore le Shâhnâmeh.

    Haft_Sin
    Table des Haft sin

Sizdah bedar, « treizième dehors » : les célébrations de Norouz durent en tout treize jours. Un nombre basé sur les anciennes croyances perses qui voyaient à la fin des douze constellations formant le cycle de la vie, une treizième incarnant le chaos dans lequel sombrait la terre. Ainsi, pour éviter ce drame du treizième temps, le treizième jour de l’année doit être vécu de façon à éviter le désordre du foyer et la malchance en sortant des maisons et en allant montrer son attachement à la nature. Il est ainsi coutume de sortir pique-niquer en famille. On pense que cela porte bonheur tout le reste de l’année. Au terme de cette journée, les sabzeh des haft sin, considérés comme ayant capté la malchance durant cette période, sont jetés dans de l’eau courante, telle que dans une rivière, dans l’idée de faire disparaître la maladie et la malchance pour l’année alors commencée. Avant cela, les jeunes femmes célibataires nouent entre elles les tiges des sabzeh, exprimant ainsi la volonté d’être mariées dans l’année.

Depuis 2009, Norouz est inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Auteur : Estelle Pautret


*Le Zoroastrisme est une religion qui s’est développé en Perse au VIIe siècle av. J.-C. et a dominé l’Iran jusqu’à l’expansion de l’Islam. Monothéisme avant l’heure développé par le prophète Zarathoustra, le Zoroastrisme croit en l’immortalité de l’âme et en un dieu unique ; dieu du soleil, de la lune et des étoiles. Il existe aujourd’hui encore une minorité zoroastrienne en Iran.


 

Pour aller plus loin :

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