3. Bosnie-Herzégovine – Monténégro

BOSNIE-HERZÉGOVINE

Le passage de la frontière bosniaque me touche beaucoup : un paysage bucolique et paisible loin du tumulte de la côte touristique croate. Plus je m’enfonce dans les terres bosniaques, plus l’alphabet cyrillique vient côtoyer l’alphabet latin et peu à peu ce sont les minarets qui se mettent à côtoyer les clochers. Dans un premier temps, la population de ce pays me paraît froide et distante, puis elle s’avérera plus qu’attentive, généreuse et souriante à mon égard.

Carte Bosnie-Montenegro
Itinéraire

C’est réellement un pays à la frontière entre l’Orient et l’Occident. Toutes les religions sont présentes sans dominante frappante. Ce qui montre d’autre part que ce pays est en lui même une frontière multiculturelle c’est sa fragmentation. En effet, le pays possède trois drapeaux : celui de la Fédération croato-musulmane, celui de la République serbe de Bosnie et enfin celui de l’État central qui fédère l’ensemble. De plus, on trouve un petit territoire du nom de Brčko qui a un statut neutre. Tout ceci montre ô combien l’histoire de ce petit pays n’est pas simple encore aujourd’hui.

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Jajce

À Jajce, je découvre une petite ville fortifiée datant du XIIIe siècle. C’est mon premier point d’ancrage. Au départ j’y suis venu voir les dix-neuf moulins à eau datant de la période ottomane. Ces sentinelles encore debout ne sont aujourd’hui plus en activité. Les moulins à eau sont au milieu de la rivière, sur le cours de la Pliva, les uns à côté des autres. Tout en bois, assez petits, il faut se baisser pour y entrer. Les meules, à l’origine, tournaient par la force du courant, non pas à l’aide d’une roue, mais par le biais de caissons en bois ou en pierre qui dirigeaient et propulsaient l’eau sur une sorte de turbine. Celle-ci est reliée par un mât qui fait tourner la meule et moud le blé ou d’autres céréales.

Jajce est aussi le lieu du deuxième conseil d’AVNOJ (Conseil antifasciste de libération nationale de Yougoslavie) et de la décision de création de la Yougoslavie. C’est ici que cent quarante-deux conciliateurs et représentants de l’ensemble de la zone des Balkans se sont réunis et ont renoncé à certains éléments de leur souveraineté pour créer un état fédéral.

Avant de partir, je discute avec Muammer, propriétaire d’une petite épicerie qui s’occupe de récupérer les clefs de mon logement. Quand il apprend que je suis intéressé par les traditions, il me fait repousser mon départ pour Sarajevo afin que je rencontre une couturière. Il entraîne lui-même un petit groupe de danse traditionnelle bosniaque. Il est certifié pour six danses.

Tahira Hajirja, la costumière, m’accorde exceptionnellement un entretien, grâce à Muammer dont la mère est une amie proche. Ce dernier fait la traduction car elle ne parle pas un mot d’anglais. Tahira, à l’âge de 78 ans, est la dépositaire d’un savoir-faire dont certains motifs sont transmis de génération en génération par les femmes depuis plus de 500 ans. Historiquement, la broderie servait à se différencier des autres et à montrer son statut social aux yeux de tous. C’était aussi un moyen de montrer sa richesse, ce pour quoi certains allaient jusqu’à enrichir leurs vêtements de pièces d’or.

Des gens des quatre coins de la Bosnie-Herzégovine viennent voir la costumière pour lui commander des costumes, pour des groupes des danses mais aussi pour des mariages. Elle crée donc des vêtements traditionnels pour femmes et hommes, aussi bien catholiques que musulmans. Aujourd’hui, Tahira prend aussi la liberté de combiner motifs et savoir-faire anciens avec un style moderne.

Les femmes chantent des chants de mariage et d’amour comme Sevdalinka, lorsqu’elles se rassemblent pour broder. Elle donne un cours à une dizaine de femmes mais les matériaux coûtent cher et il faut beaucoup de temps pour apprendre comment placer justement les détails, ce qui met un frein à tout l’apprentissage. Le gouvernement aide un peu mais il semble que ce ne soit pas suffisant. Tahira n’a pas transmis son savoir à sa fille mais maintenant elle aimerait le faire à sa petite fille. Elle espère néanmoins que celui-ci ne tombera pas dans l’oubli.

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Sarajevo

Sarajevo est une ville très particulière. Son nom a une signification qui semble idyllique : « plaines du palais » en turc. Cette dénomination est bien loin des tracas que l’Histoire lui infligea. En effet, impossible de passer à côté de son histoire et de l’Histoire dans cette ville détruite quatre fois (1480, 1697, 1878 et de 1992-1996). Elle a appartenu aux Romains, aux Ostrogoths, aux Byzantins, aux Slaves et aux Ottomans, pour ne citer que les plus connus. Pendant la période de l’Empire Ottoman elle est sur la route commerciale Dubrovnik-Constantinople (Istanbul). N’oublions pas que c’est aussi dans cette ville qu’a été assassiné, il y a un peu plus de cent ans, l’archiduc François Ferdinand ; ce qui fut un élément déclencheur de l’un des pires épisodes de l’Histoire mondiale. De 1992 à 1996, durant la guerre qui a déchiré l’ex-Yougoslavie, Sarajevo connut le plus long siège de l’histoire militaire moderne. Le symbole du multiculturalisme de la ville a été fort éprouvé durant cette période.

Je marche beaucoup dans la ville, au-delà du centre historique qui a été préservé mais aussi dans les quartiers plus populaires pour y trouver les stigmates de cette terrible histoire qui a moins de vingt ans.

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Mostar

Mostar reçoit toujours plus de touristes en raison de sa proximité avec Dubrovnik, la ville côtière croate qui a servi de lieu de tournage à la série Game of Thrones, mais aussi pour le classement à l’UNESCO du quartier autour du vieux pont (stari most). De fait, cette ville reste un beau monument de la période ottomane avec un des derniers ponts à dos d’âne du pays qui avait été détruit pendant la guerre de Yougoslavie. Il a été reconstruit en 2004 avec le soutien de la communauté internationale. Most en bosniaque signifie « pont » et le Mostar était celui qui faisait payer le droit de passage pour traverser le pont.

Petite anecdote

Je pars pour Trebinje que j’ai choisi un peu par hasard pour y dormir. En chemin, je vais de surprises en découvertes. Tout d’un coup je me rends compte que les panneaux ne sont plus qu’en cyrillique. J’ai l’impression de voir des drapeaux croates partout (qui s’avèreront être des drapeaux plutôt serbes puisque je suis dans une partie du pays à majorité serbe et que les deux drapeaux se ressemblent beaucoup) or je suis en Bosnie Herzégovine. Sur la route qui traverse un paysage de garrigue, je rencontre très peu de voitures et de temps en temps des noms de villages sont indiqués mais pas une maison en vue. Alors, à un moment, attiré par des monticules rocheux un peu particuliers, je décide de prendre une toute petite route qui monte et se perd dans le paysage. Là je découvre un minuscule hameau de pas plus de dix maisons en pierre de taille. Je m’arrête pour prendre quelques photos et une dame du haut de son balcon me fait signe de monter. Elle et son mari m’offrent une grenadine à boire et un gâteau mais il nous est quasiment impossible de communiquer avec les mots que nous avons. Je repars le cœur rempli d’une sobriété heureuse.

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Trebinje

Me voilà reparti en direction de Trebinje, je me perds dans cette ville qui a l’air très agréable et verte. En cherchant la direction de mon logement, je tombe nez à nez avec des gens en costume traditionnel. Je décide de les suivre pour voir ce qu’il se passe. Dans un gymnase sont organisées des représentations de danse et de chant de toutes les régions de l’ex-Yougoslavie pour commémorer une bataille de la Première Guerre mondiale. Comme quoi, c’est là où l’on n’attend rien que souvent on a les plus grandes surprises !

Je visite le monastère de Trvor qui est l’un des lieux les plus anciens de la chrétienté.

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MONTÉNÉGRO

Le Monténégro, tout petit pays, indépendant depuis 2006 pour la deuxième fois de son histoire (1878-1918) a inscrit dans sa constitution que l’alphabet cyrillique et l’alphabet latin sont considérés comme égaux. Ce pays est essentiellement formé de montagnes très abruptes et arides qui se jettent littéralement dans la mer. C’est époustouflant ! Entre mers est montagnes, parfois des marécages s’installent paisiblement. Cet ensemble offre bien sûr une nature d’une grande beauté, mais dangereuse quand on a le volant entre les mains…

La baie de Kotor, vaste de trente kilomètres, est considérée comme l’une des plus belles au monde. Elle est très agréable à longer et pour se promener. La présence vénitienne passée se fait sentir dans l’architecture de la dizaine de villages se jetant dans la baie.

Sur mon chemin, je rencontre ma première tortue terrestre. Nous avons fait la course mais elle a gagné : elle est arrivée la première chez elle !

TortueVsClio
La gagnante se trouve en bas à gauche…

Auteur : Florian Karoubi


Réponse à la devinette de l’article précédent :

Pour ceux qui ont essayé de répondre à cette petite énigme, voici la réponse.

DSC02390

Cet objet servait à éclairer, en y mettant des morceaux de bois enflammés, lors de la pêche de nuit.

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N.B: les photographies sont la propriété de Cultinera et toute reproduction est interdite sans autorisation préalable.

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