12. Arménie

Me voici aux portes du Caucase qui, selon la plupart des géographes, fait partie de l’Europe. Donc je me trouve à l’extrême orient de l’Europe. Le Caucase est un véritable melting pot de cultures, de religions et de langues. Les géographes arabes appelaient le Caucase « la montagne des langues ». Cette mosaïque de langues est la plus complexe de toute l’Europe. Sur ce petit espace, on en distingue près de quarante qui se regroupent en quatre familles différentes (caucasique, indo-européenne, altaïque et sémique).  La langue russe reste la langue transcommunautaire.

itineraire-armenie
Itinéraire de l’Arménie

Du point de vue religieux, que ce soit les Arméniens ou les Géorgiens, ils sont majoritairement chrétiens, mais d’une Église autocéphale, c’est-à-dire qu’elle ne rentre pas dans une hiérarchie telle que les patriarcats. D’ailleurs, l’Arménie s’enorgueillit beaucoup d’être le premier État à avoir adopté le christianisme comme religion d’État en 301, suivi par la Géorgie. Suite à cela, plusieurs invasions dans le temps ont nourri le patchwork culturel de ce territoire européen reculé, comme l’invasion arabe de 734 ou encore l’invasion mongole de 1220.

Le Caucase reste très agricole et a été longtemps considéré comme le verger de la Russie.

Mon insertion dans le pays ne fut pas la plus facile en raison d’un manque quasi total de transport en commun de part et d’autre de la frontière irano-arménienne et l’impossibilité de communiquer en anglais. Seuls quelques mots de russe me permettaient de faire un soupçon d’échange avec les locaux. Il ne m’a d’ailleurs pas été possible de rejoindre le premier point chute prévu. Désarçonné, désappointé, fatigué, je ne savais plus vraiment que faire, à part essayer de trouver un logement dans la ville de Kapan, le dernier point où j’avais réussi à arriver. Mais un miracle se produisit, une Américaine m’aborda pour savoir si j’avais besoin d’aide. Oh oui j’en avais besoin ! Elle m’a fait rencontrer ses amis américains qui sont en Arménie pour plus de deux ans pour donner des cours d’anglais dans une organisation américaine. Ils m’ont hébergé sans hésitation et ont partagé un repas avec moi. Puis ils se sont cotisés pour me permettre d’atteindre le village suivant de Chiva. Je suis infiniment reconnaissant à Paige, Daniel et Steven !

Chiva

Une famille fort sympathique m’y attendait et m’a fait déguster de nombreux plats, chaque jour différents.

Au programme à Chiva, j’ai pu avoir un repos bien mérité, puis la préparation traditionnelle du pain arménien appelé Lavash. Il s’agit d’une pâte fine comme une nappe que l’on passe dans un four à bois et qui se met à gonfler tout en longueur. On la laisse reposer puis quand on veut en manger, on l’humidifie avec de l’eau pour qu’elle soit souple comme une crêpe et agréable à manger.

Je m’engage dans un canyon pour une randonnée de seize kilomètres pour aller visiter le monastère de Noravank. Les paysages sont assez arides dans cette région de l’Arménie, encore dans le sud du pays.

.

Vardenis

Les problèmes de transport recommencent alors que me voici à peine sorti de Chiva pour me rendre à Vardenis près du lac Sevan : aucun bus ne fait la connexion.

chemin-vardenis
Sur le chemin vers Vardenis

Après plusieurs heures de batailles acharnées, j’arrive enfin à bon port en faisant une petite halte au caravansérail de Selim datant  de 1332, ce qui nous prouve l’existence d’une ancienne route de la soie.

caravanserail-selim
Caravansérail de Sélim

À peine arrivé, c’est parti pour la visite d’une distillerie unique en son genre. Le père de mon hôte a eu l’idée d’utiliser l’argousier qui pousse de manière sauvage dans la région pour en faire du vin, de la liqueur et même de l’eau-de-vie ; tout ceci à partir de la confiture de ce fruit aux nombreuses propriétés, mais malheureusement trop méconnu.

Le lendemain est le moment opportun pour la visite d’un atelier, un peu poussiéreux, de sculpture sur pierre, Khatchkar (« pierre à croix ») qui sont les célèbres stèles de pierre rectangulaires sculptées de bas-reliefs. Dans son atelier, un vieil homme, la cigarette au bec, m’initie à cet art centenaire qu’il s’est mis à pratiquer du jour au lendemain après s’être vu le faire dans un rêve. On taille traditionnellement dans la pierre volcanique de la région qui est le tuf,  lequel peut être de différentes couleurs, des tons rouge, rose, orange et même, gris-noir. Cette pierre est très légère et se sculpte très facilement. À Erevan, capitale du pays, beaucoup de bâtiments sont taillés dans cette pierre.

L’après-midi, j’enchaîne avec une initiation du chant et de la danse arménienne en cours particulier avec la sœur de mon hôte qui parle très bien français. Très belle approche de la danse !

.

Erevan

Je pars un peu de manière précipitée de Vardenis pour rejoindre la capitale, Erevan (depuis 1918 en conséquence de la diaspora due au génocide), car on vient de me mettre en relation avec la dernière répétition d’un cours de danse arménienne sur la capitale, qui a lieu le soir même. Dans ce cours de danse, je rencontre principalement des jeunes entre 20 et 30 ans qui s’entraînent. Je retrouve là Steven, l’un des Américains qui m’ont aidé à Kapan. Nous allons passer le week-end à visiter Erevan et ses alentours ensemble. Nous visitons le musée du folklore où se trouve des pièces d’un quotidien passé, mais pas si loin que cela de nous.

Au musée des manuscrits, Matenadaran, nous trouvons des manuscrits principalement arméniens, mais aussi de très beaux manuscrits persans. La langue arménienne fut fixée par le biais de son alphabet inventé par Merop Machtot au Ve siècle. Les enluminures et miniatures sont un art national à part entière depuis le XIe siècle.

musee-matenadaran-manuscrits
Musée Matenadaran

Nous nous rendons également au centre culturel de Teyran qui essaye de conserver les arts et artisanats arméniens tout en composant avec des styles plus contemporains pour les mettre en vente.

Nous visitons  la mosquée bleue d’Erevan, une mosquée persane.

erevan-mosquee-bleue
Mosquée bleue

Pour rejoindre nos différentes destinations, nous utilisons un mini bus appelé matruchka. À l’extérieur d’Erevan, nous nous rendons au monastère préchrétien de Geghard.

Puis nous allons aussi au monastère de Khor Virap, célèbre pour son puits qui fut la prison de Grégoire l’Illuminateur, le saint qui a évangélisé l’Arménie. De là, nous découvrons une vue imprenable sur le mont Ararat qui s’élève à plus de 5137 mètres d’altitude et dont la tradition biblique voudrait que l’arche de Noé se soit échouée à cet endroit.

Je quitte Steven pour rejoindre les flancs verdoyants des montagnes du nord du pays.

.

Idjevan

Je fais la connaissance d’Anahit et de sa famille qui prépare le mariage du fils avec une jeune Russe d’origine arménienne. Une jeune fille suisse vivant avec la famille parle déjà sept langues à seulement 21 ans et m’aide à me faire comprendre.

Je vois ici la préparation des Dolmas, toujours ce fameux plat que nous avons déjà vu dans plusieurs pays de mon voyage sous le nom de Sarmale ou encore Sarme.

La jeune Suisse m’explique que l’université d’Idjevan est la seule du pays qui enseigne l’art et l’artisanat populaire et traditionnel pour le maintenir vivant dans la culture du pays et la diffuser. Ce projet pilote, voudrait être étendu à d’autres universités du pays pour conserver les traditions nationales, mais ce n’est pas facile, car il y a un manque de moyens et pas forcément beaucoup de débouchés pour les étudiants.

Auteur : Florian Karoubi

.

N.B: les photographies sont la propriété de Cultinera et toute reproduction est interdite sans autorisation préalable.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s