Ronda, ville d’inspiration

VERSIÓN ESPAÑOLA

Ronda est une petite ville de 37 000 habitants située en Andalousie, à mi-chemin entre Séville et Malaga, sur les hauteurs de la Serrania de Ronda, plus spécifiquement au-dessus d’un ravin formé par la rivière Guadalevin qui forme une gorge.

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Localisation de Ronda en Espagne

L’emplacement stratégique, pour sa fraîcheur et sa topographie protégée par le vide, qui avait déjà mené à la construction d’une forteresse à Ronda, attira plus tard les célèbres bandoleros (« brigands ») et fut certainement aussi la source d’inspiration d’auteurs comme Rainer Maria Rilke, James Joyce ou Ernest Hemingway.

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Géographie :

Un chemin relativement raide et sinueux conduit jusqu’à Ronda, située à 780 mètres d’altitude. Cette ville dans les hauteurs est donc bien plus fraîche que ses alentours andalous. Au-delà du changement de végétation, ce qui surprend au moment d’arriver au centre de la ville, ce sont les précipices qui atteignent jusqu’à 160 mètres de profondeur et qui forment le paysage naturel de la ville. En plus de la diviser en deux parties, la gorge crée une sensation de vertige et les nuits de brume, une sensation fantasmagorique accentuée par les lumières des bâtiments qui s’accrochent au bord du ravin.

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Les deux parties de la ville sont unies par trois ponts : le premier et le plus bas, appelé le « pont romain », date de l’époque à laquelle Ronda était une cité romaine. Le deuxième, appelé  « vieux pont », est situé à mi-hauteur et date de l’époque médiévale lorsque l’Andalousie fut envahie par les Maures. Le dernier, appelé pont neuf, construit au XVIIIe siècle, est situé au point le plus haut de la falaise, survolant une distance de quasiment 90 mètres. Ce pont monumental comprend une enceinte sur son arche centrale qui était autrefois utilisée comme une prison.

 

La nature qui couvre les ravins et les plans d’eau formés par la rivière Guadalevín sont appréciables seulement à la lumière du jour. Cependant, le charme captivant de Ronda émerge à la tombée de la nuit, lorsque les touristes reprennent leurs routes et la ville se montre alors semblable à ce qu’elle a toujours été depuis des siècles.

 

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Histoire :

Le premier village sur le territoire actuel de Ronda fut fondé par les Ibères – peuple non indo-européen installé sur la côte est et sud-est de la péninsule ibérique – au Xe siècle av. J.-C., lesquels furent suivis par les Carthaginois puis les Romains. Ces derniers dénommèrent la petite ville « Arunda », une des plus anciennes villes de l’actuel territoire espagnol. Durant l’invasion arabe, à partir de l’an 713, la ville devint la capitale de la province de Takurunna puis devint le centre d’un royaume arabe indépendant ou Taifa.

En 1485, les Rois catholiques réussirent à reprendre la ville et à la transformer en un nouveau point-clé du royaume espagnol, s’installant dès lors dans le palais de Mondragon d’où ils dirigèrent la reconquête de Grenade contre les Maures (Arabes).

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Palais de Mondragon

Au XIXe siècle, durant les guerres napoléoniennes, Ronda fut pillée à plusieurs reprises par les troupes françaises et finit par devenir le repaire de bandits qui effectuaient de la contrebande par le biais de Gibraltar pour ravitailler le nord de l’Espagne. C’est dans ces conditions que Prosper Mérimée trouva l’inspiration pour écrire l’œuvre qui fut à l’origine du célèbre opéra Carmen. Ce fut d’ailleurs pour combattre les bandits de Ronda que fut créée la Gendarmerie espagnole en 1844.

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Personnages illustres :

Ronda est très importante dans la culture espagnole pour avoir été le berceau de la tauromachie. Ici, dans l’arène la plus ancienne d’Espagne, la légendaire dynastie Romero a établi, au XVIIIe siècle, les règles de la tauromachie moderne. Francisco Romero a été le premier matador à affronter un taureau à pied autour de 1720, tandis que son petit-fils Pedro Romero a remporté plus de 5 000 corridas jusqu’à ses 70 ans passés. Le réalisateur Orson Welles, grand amateur de taureaux, est resté captivé par la fascination que Ronda exerça sur lui lors d’une visite de la ville à dix-huit ans et demanda à ce que ses cendres soient enterrées près de l’arène.

 

Les taureaux ne furent pas seuls à faire la renommée de Ronda. La ville isolée et mystérieuse a servi de source d’inspiration pour les écrivains et les poètes de ces cent dernières années. Par exemple, l’allemand Rainer Maria Rilke, qui à l’origine est venu en Espagne en 1912 pour visiter les œuvres d’El Greco, a passé une saison à l’hôtel Reina Victoria au cours de laquelle il a écrit au moins douze poèmes et des lettres à sa confidente Lou Andreas-Salomé. Quelques années plus tard, James Joyce utilisait le personnage de Molly Bloom dans son roman Ulysse pour rendre un hommage nostalgique aux mystérieuses rues et aux précipices de Ronda.

De la même manière, Ernest Hemingway situa deux de ses romans à Ronda en raison de sa fascination personnelle pour cette ville et ses taureaux. Dans Mort dans l’après-midi (1932), l’auteur recommande Ronda pour voir une première corrida de taureaux, pour célébrer une lune de miel ou encore pour profiter d’un romantisme intense. Dans Pour qui sonne le glas (1940), drame à propos de la Guerre civile espagnole durant laquelle Hemingway travailla comme journaliste, il recrée un massacre ayant eu lieu à Ronda en 1936, mais en le situant dans un autre endroit et avec d’autres personnages pour la protéger de la censure de Franco à laquelle elle aurait été exposée dans ces années difficiles de l’histoire espagnole.

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Lieux à visiter :

Sur la rive sud du Guadalevín, on trouve l’ancienne ville maure avec ses marques architecturales : les bains arabes, la maison du Roi maure et la porte d’Almocabar, ancien lieu d’entrée de la ville entouré de murs qui, en leur temps, appartenaient à une Alcazaba ou citadelle administrative arabe. Après la Reconquête, cette partie de la ville a été ornée de constructions espagnoles comme l’arc de Philippe V (premier roi Bourbon d’Espagne), le palais du Marquis de Salvatierra ou l’église Santa Maria la Mayor.

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Maison du Roi maure

Dans « le petit marché », partie plus récente de la ville fondée après la Reconquête au nord de la gorge, s’accumule la majorité des restaurants et hôtels, entourés d’un brouhaha constant entretenu par les touristes. Dans ce secteur, on trouve des constructions des derniers siècles comme la fontaine des Huit Sources avec le bouclier de Philippe V, le couvent de la Merced, le passage de Blas Infante et le parc longeant le Guadalevín. Ces deux derniers présentent des terrasses illuminées qui permettent de profiter de la vue profonde sur la brèche dans toute sa splendeur.

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Couvent La merced

Auteur : José David Montoya

Traductrice : Estelle Pautret


Pour aller plus loin :

  • Huber S. Heimat des Lichts. En: Geo Special: Spaniens Süden. Feb.-Mar. 2002.
  • Hennke, G. (Editora). Spanien – Ein Express Reisehandbuch. Editora Mundo. Rieden, 1990.
  • Schröder, T. Spanien. Editora Michael Müller. Erlangen, 2012.
  • Brinke, M. y Kränzle, P. Andalusien (Reise-Handbuch). Editora Iwanowski’s. Dormagen, 2005.
  • Andalusien. Editora Allianz Reiseführer. Ostfildern, 2009.
  • Crédits photographiques : Florian Karoubi, CC by SA (Christoph Settgast, Wolfgang Manousek, Robin Berjon, Elliott Brown), Wikipédia.
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