La récolte du miel chez Clément

L’été dernier, j’ai eu l’occasion de me rendre en Savoie, au beau milieu des montagnes alpines, chez Clément, apiculteur à ses heures depuis quatre ans. À la charnière des mois de juillet et d’août arrive une étape cruciale pour lui : la récolte du miel, fruit de son travail annuel, ou plutôt devrait-on dire du travail de toutes les ouvrières qu’il a à cœur de surveiller et d’accompagner au travers des saisons. Cette expérience est pour moi l’occasion de découvrir un univers entier avec tout un vocabulaire spécifique que je tâcherai d’expliquer au fur et à mesure.

.

La ruche :

Avant de commencer, Clément m’explique un peu le monde des abeilles : celles-ci vivent sous forme d’une communauté bien hiérarchisée, dirigée par une reine. Si on trouve parfois des colonies d’abeilles à l’état sauvage, elles trouvent bien souvent pratique de se loger dans une des ruches fabriquées par les humains.

La ruche est composée de cadres en bois, que les abeilles viennent remplir de cire qu’elles sécrètent, pour former les alvéoles dans lesquelles elles vont ensuite entreposer leur miel. Pour bien comprendre le système de la récolte, il faut savoir qu’une ruche est divisée en deux parties : le corps où vit la reine et où elle pond ses œufs, futures larves puis abeilles. C’est une zone qui contient un peu de miel, mais que l’apiculteur ne prélève pas afin de leur laisser suffisamment de réserves pour que la colonie puisse passer l’hiver. Puis, au-dessus, se trouve la hausse, c’est là que se trouve le miel que l’on va récolter.

20170417_103025
Ruches où l’on voit les hausses posées sur les corps

Cette partie-ci n’est pas toujours présente sur les ruches : les hausses sont posées au cours du printemps, lorsque le nectar de fleurs et de plantes se trouve en abondance. Les abeilles vont alors profiter des hausses pour faire d’énormes stocks de miel. En tant que travailleuses (c’est écrit dans leurs gènes), tant qu’il y aura du nectar, elles produiront du miel, même si ces stocks ne leur servent pas entièrement l’hiver venu. C’est une sorte de surproduction que l’on peut leur prélever sans craindre pour leur survie.

Au cœur de l’été, alors que le nectar se raréfie dans la nature, il est temps pour Clément de récolter le miel, fruit de la transformation de ce précieux liquide par les ouvrières, avant qu’elles ne commencent à en manger plus qu’elles n’en produisent. À partir de là, débute la récolte du miel qui se réalise en plusieurs étapes.

Clément m’explique que, la veille au soir, il a installé des chasse-abeilles sur chaque ruche. Ce système en forme d’entonnoir ne laisse qu’un passage à sens unique des hausses vers le corps pour les abeilles. Ce qui permet, au moment de la collecte des hausses, d’éviter leur présence en trop grand nombre.

.

La collecte des hausses :

Tout d’abord, nous nous équipons d’une vareuse, combinaison en tissu épais qui permet d’éviter d’éventuelles piqûres d’abeilles mécontentes. De plus, en cas de mauvaise réaction des abeilles, nous préparons un enfumoir, petite boîte en métal dans laquelle Clément brûle un combustible fait de lavande séchée pour faire de la fumée qui les éloigne. Puis nous allons, sur son tracteur, jusqu’au milieu du champ où sont postées ses dix ruches multicolores.

On comprend aisément le bonheur des abeilles dans ce paysage où fleurs sauvages de montagnes et forêts environnantes sont mille occasions de rapporter des saveurs toutes plus variées les unes que les autres.

20170417_102929

Clément commence par ouvrir les toits des ruches pour découvrir les hausses. L’effet est immédiat et rapidement un grand nuage d’abeilles se crée au-dessus du rucher. Cette étape est assez délicate car les abeilles ne veulent pas abandonner leur miel. Il faut être efficace à la fois pour éviter de les blesser ou de les tuer (et de se faire piquer !) tout en entassant les hausses dans la remorque du tracteur, sans faire tomber les cadres lourds de miel. Une fois bien calés, on les recouvre d’un drap blanc afin d’éviter que les abeilles retournent dans leurs hausses pendant que nous nous occupons des autres ruches.

Ruche -hausse - intérieur - cadres pleins
Intérieur d’une hausse : les cadres pleins de cire et de miel

.

L’ouverture des alvéoles :

Une fois les hausses collectées et débarrassées de toutes les abeilles, il convient d’extraire le miel des cadres. Cela se fait dans une miellerie, une pièce propre et adaptée à la manutention du matériel apicole.

Les alvéoles des cadres sont operculées, c’est-à-dire fermées, par une fine couche de cire apposée par les abeilles lorsque le miel est arrivé à maturation. La première étape consiste donc à désoperculer les cadres à l’aide d’un couteau bien spécifique appelé couteau à désoperculer. Celui de Clément est électrique et présente une lame chauffante, ce qui permet de couper et d’ouvrir les alvéoles plus facilement.

Désopercule (4)
Couteau à désoperculer sur cadre plein

Afin de minimiser les pertes, cette opération est réalisée au-dessus d’un « bac à désoperculer » en inox ou comme ici en plastique, sorte de passoire géante, laquelle permet, d’une part de récupérer la cire et d’autre part, le miel qui a coulé.

bac à désoperculer
bac à désoperculer

Je découvre une gourmandise sucrée toute naturelle lors de cette opération : Clément m’enjoint à prendre un morceau de cire gorgé de miel et à le mâcher, comme un chewing-gum – car la cire ne s’avale pas –, pour en extraire toute la saveur à l’état pur, un goût rare qui émoustille les papilles !

.

L’extraction du miel :

Une fois le cadre désoperculé, Clément le place dans un extracteur, sorte de grande centrifugeuse en inox qui, par la vitesse, va permettre de faire sortir le miel des alvéoles. Cet appareil peut être électrique, ou comme ici, fonctionner à « l’huile de coude ». Dans son extracteur, Clément peut placer jusqu’à neuf cadres de hausses, disposés en rayons. Le mouvement de rotation permet la projection du miel sur les parois de l’extracteur.

À travers le couvercle vitré, on peut voir les gouttes couler dans le fond de la cuve où se trouve un petit robinet, sous lequel Clément place un seau pour récupérer le miel. Avant d’y tomber, celui-ci est filtré par deux passoires, aux trous de diamètre de plus en plus fin afin d’éliminer les impuretés (notamment les morceaux de cire).

.

Le stockage du miel :

Une fois un seau plein, Clément le pèse afin d’estimer la fructuosité de la récolte puis le verse dans une grosse cuve en inox appelée maturateur. Il en existe différentes tailles selon la production de l’apiculteur ; celui de Clément peut contenir jusqu’à 200 kilos de miel et est coiffé d’un tamis, un troisième filtre très fin qui permet d’éliminer les morceaux de cire qui auraient échappés aux deux précédents.

Clément conserve ensuite son miel pendant trois semaines au minimum dans ce maturateur afin de le faire décanter. Il m’explique que cette période est importante car elle donne le temps à toutes les impuretés non filtrées de remonter à la surface et il devient alors aisé de les retirer avec une écumoire. Passé cette phase, il commence à mettre le miel en pots, qu’il va ensuite pouvoir vendre. Et cette année, il est particulièrement content car la récolte a été bonne : 120 kilos de miel pour ses dix ruches, sa meilleure récolte de jeune apiculteur ! Et le miel va ravir ses clients car il est d’une belle couleur ambrée bien liquide.

.

J’espère que cet été vous ne regarderez plus les abeilles ni les pots de miel en magasin de la même manière !

Auteur : Estelle Pautret

.

N.B: les photographies sont la propriété de Cultinera et toute reproduction est interdite sans autorisation préalable.

Publicités

Une réflexion sur “ La récolte du miel chez Clément ”

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s