Les voyages dans le voyage

Rendez-vous dans la maison d’un notable bélarusse pour la présentation d’un bal Empire. Dehors il fait -10oc, cela ne donne pas très envie de sortir mais le divertissement en vaut la peine. Ensuite, Alena m’entraîne, avec son éternelle énergie débordante, chez ses amis pour fêter la nouvelle année, du 13 au 14 janvier, selon le calendrier Julien, anciennement utilisé.

 

Quelques temps après, Alena m’embarque dans une petite ville au sud de Minsk, Mikhanavichy (миханавчы) où se trouve un centre de danses traditionnelles. Un parquet de bois recouvre le sol, une table garnie d’une multitude de mets, une atmosphère chaude et heureuse se dégage de ce lieu. Un véritable cocon !

 

J’y enseigne la Montagnarde, une danse du centre de la France, avec des musiciens en live. Plus de danseurs volontaires que la pièce ne peut en contenir, le besoin d’un interprète, tout de manière un peu improvisée, pas évident je vous l’avoue, mais du plaisir !

Autre

Pourquoi pas un petit retour sur sa terre natale ? Cela fait trois mois que je suis au Bélarus, après ces mois d’immersion et d’adaptation, il peut être bon de rentrer se ressourcer dans un paysage qui nous est familier. Je ne vous cache pas que, chaque jour, je rencontre des difficultés plus ou moins grandes, surtout de l’ordre de la compréhension interculturelle. Ce n’est pas toujours évident, mais vous vous en doutez certainement.

L’adaptation à une autre culture n’est pas toujours aisée, même quand elle est proche de chez nous, alors imaginez lorsque l’on se trouve à environ 2 000 kilomètres de chez soi à vol d’oiseau. Cette confrontation à l’autre culture nous apporte parfois des incompréhensions que l’on ne peut pas forcément comprendre instantanément. Il faut parfois plusieurs semaines avant de réussir à interpréter  certaines réactions ou comportements. (Pour ne pas stigmatiser, je ne nommerai rien ici en particulier).

Une chose aussi simple que le climat peut s’avérer être un obstacle, ou tout du moins une source de fatigue supplémentaire. Ici, on ne contrôle pas le chauffage à l’intérieur des maisons et il peut faire très chaud, ce qui fait un énorme contraste  de température avec l’extérieur, que j’ai connu jusqu’alors de -23°C. Minsk est une ville qui a peu de jours de soleil et de ciel bleu, par conséquent il y a un déficit de lumière important. Le plus souvent, le ciel est blanc, voire gris, et bas.

neige
Minsk sous la neige

Il est évident que le fait de ne pas parler la langue du pays peut poser des quiproquos, et même si je peux m’exprimer couramment en anglais, je ne connais pas autant de nuances que dans ma propre langue, ce qui pose parfois des problèmes lorsque je veux exprimer quelque chose de précis. L’administration, comme vue dans un article précédent, n’a pas été facile, comme on pouvait s’en douter en raison du passé communiste. Qui plus est, les Bélarusses ont un adage, Posmotrim, qui veut dire « on verra », on laisse venir les choses en quelque sorte. Cela induit un manque de clarté et une obligation d’être spontané, de savoir réagir à la dernière minute.

D’autre part, il n’est pas toujours évident de vivre en colocation, avec des personnes que l’on n’a pas choisi et qui n’ont, elles non plus, pas la même culture. Il y a aussi la distance avec ceux que l’on aime, dont la présence peut venir à manquer. Mais c’est faire face à cette difficulté qui fait grandir et apprendre de soi. Trouver des solutions, se rattraper, avancer, continuer, se battre, recommencer, s’acharner, parfois la détresse, le désespoir, le manque de courage et d’énergie.

Au programme du retour, un arrêt de deux jours à Vilnius, pour découvrir la capitale de la Lituanie, le plus grand des pays baltes en superficie. La ville m’accueille avec un peu de soleil, ce qui fait du bien. Là, je rencontre Liutauras, mon hôte pour ces quelques jours, avec qui la relation devient rapidement amicale.

 

Il me fait visiter la ville de jour, de nuit, me fait découvrir la cuisine lituanienne typique et m’emmène dans les différents musées de la ville dont le musée de l’Ambre. La mer Baltique représente en effet un des gisements les plus connus, encore existant en Europe. Cette matière, que j’apprends organique et non minérale, est le résultat d’une résine d’arbre, peuplier ou aulne, fossilisée qui peut être de différentes couleurs (bleu, noir, blanc, jaune, orange, rouge, …). Au cours de l’époque paléolithique, il y a environ 55 millions d’années, les morceaux de résine ont été emportés par les eaux et se sont déposés au fond de la mer Baltique. À la fin de l’époque néolithique vers 3000 ans av. J.-C., l’ambre entre dans le commerce entre les pays Baltes et leurs voisins et devient une vraie monnaie d’échange. On parle de « l’or balte » ou « l’or du nord ». Elle prend une place importante dans la constitution des costumes traditionnels lituaniens, notamment dans les parures associées. Selon les époques, on attribue à l’ambre des propriétés de virilité, de fécondité et d’amour ou encore de jeunesse éternelle (dû aux trouvailles d’insectes conservés intacts dans des morceaux d’ambre, des millions d’années après) ; mais aussi des vertus curatives et apaisantes contre l’anxiété, l’angoisse, les cauchemars ou même les rages de dents des bébés. Eh oui, on s’enrichit tous les jours ! J’ai hâte d’y revenir. La vie est un long voyage fait de découvertes et d’apprentissage.

musée de l'ambre
musée de l’ambre, Vilnius

Puis en route pour trois jours à Londres où je m’arrête pour découvrir la capitale de l’Angleterre que je n’avais toujours pas eu l’occasion de visiter. Visite de la city by night, puis découverte de la National Gallery et de la Tate Britain, balade dans les fameux parcs Hyde park, Green park avec de jolis petits écureuils gris qui gambadent à quelques mètres et un héron qui nous toise du haut d’un saule pleureur. Par hasard en me baladant, je tombe dans le quartier de Mayfair qui est le quartier résidentiel certainement le plus riche de Londres ; de magnifiques demeures côtoient des voitures de sports dernier cri.

Le moment de repartir de cette ville étonnante est venu, un passage sous la Manche et me voilà à Paris. Je profite de mes deux semaines en France pour faire un petit stage de danses grecques, de la danse bretonne et un petit voyage de Tours à Nantes. Mon besoin de retrouvailles, d’amis, de nouvelles rencontres, est très fort. La découverte de ma culture et d’autres cultures ne s’arrête pas aux frontières.

 

Revenu au Bélarus, Feodor, un ami allemand d’origine russe, que j’héberge quelques jours à Minsk, me propose d’aller visiter une petite ville du Belarus : Бабруйск, Bobruisk, la ville du castor comme son nom l’indique, est une ville modeste que l’on traverse lorsque l’on va vers le sud en direction de l’Ukraine, Kiev. Juste le plaisir de s’éloigner un peu de la capitale pour partager un frais moment de découverte. Il fait -15°C.

 

Voilà que la neige tombe à gros flocons pour venir s’installer sur le sol biélorusse et le recouvrir d’un épais velouté blanc et brillant. La neige donne au paysage une douceur dans laquelle le pas est ralenti, et le son est calfeutré dans un léger bruissement. Le soleil vient rencontrer cette nappe nacrée et là tout n’est que poésie. Cela rappelle d’ailleurs un poème de Pouchkine dont m’a parlé Feodor lors de son passage au Belarus : Мороз и солнце (Gel et soleil).

 

Un grand challenge se prépare après ces vacances : je commence à travailler en tant qu’intervenant à l’université d’économie de Minsk pour 4 heures par semaine avec des étudiants en dernière année de licence. Eh oui, tout est possible en Biélorussie ! Qui plus est, le mois de mars est le mois de la francophonie. L’ambassade de France au Bélarus me propose de participer à ce mois jalonné d’événements, en mettant en place une exposition de photographies de mes voyages dans les pays membres de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), au sein même de l’Ambassade. Suite à cela, j’ai une présentation de l’exposition à la médiathèque française. L’Ambassade me demande aussi de faire une initiation aux danses traditionnelles lors du Gala de clôture de ce mois de la Francophonie.

Auteur : Florian Karoubi

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N.B. : les photos de Cultinera ne peuvent être reproduites sans autorisation.

Une réflexion sur « Les voyages dans le voyage »

  1. merci Florian de toutes ces découvertes, qui nous montrent à quel point ce n’est pas si aisé d’aller à la rencontre de l’autre, mais que ta motivation et authenticité nous apportent ces superbes ouvertures sur le monde.

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