Mon temps est venu…

Il est venu le temps de partir, d’emporter dans son petit baluchon tous ces souvenirs et cette expérience passés hors du temps pendant un an au Bélarus.

Il est venu le temps de dire au revoir à ce pays et à tous les gens qu’il m’a permis de rencontrer, de les serrer une dernière fois sur mon cœur, mais comme on le dit si bien : « ce n’est qu’un au revoir » ; nous nous reverrons un de ces jours, dans un des merveilleux coins du monde où le plaisir principal est le partage.

Il est venu le temps de faire un bilan de cette période de ma vie.

Finalement, j’ai eu l’occasion de faire, voir et profiter de tant de choses, parmi lesquelles je retiendrai :

  • Master classes de danses traditionnelles accompagnées de présentations générales sur la France ou sur l’importance d’apprendre les langues pour les adolescents des différents clubs UNESCO du pays
  • une conférence sur la danse traditionnelle à l’institut de la CultureInstitut kultur
  • des cours de langues (Français et Anglais) dans plusieurs contextes tels que celui de la colonie de vacances pour adolescents, dans un coin perdu au milieu du Bélarus ou encore à l’Université d’économie d’État pour des étudiants de 20-21 ans
  • l’apprentissage fastidieux de la langue russe, une langue pas si facile, car elle ne fait pas parti de la famille des langues que je connais déjà, ainsi que la pratique quotidienne d’autres langues pour communiquer avec tout le monde
  • l’intégration à diverses communautés du pays, notamment la communauté arménienne, celle avec elle laquelle j’ai pu participer au Festival des cultures traditionnelles du pays et la communauté juive qui m’a intégré à plusieurs événements
  • le tissage de liens forts avec la communauté de danseurs traditionnels biélorusses et, par là, l’apprentissage de multiples nouvelles danses que j’espère pouvoir transmettre à mon tour en France si l’occasion se présente
  • la participation à plusieurs événements avec l’ambassade de France et la médiathèque française : conférence, atelier de danse, exposition, lecture de contes pour les enfants…
  • les voyages dans les pays qui entourent le Bélarus (Ukraine, Moldavie, Pologne, Pays baltes).
  • la fierté d’avoir pu faire inviter un film documentaire au festival international de films de Minsk « Listapad ». Ce film, Le grand bal réalisé par Laetitia Carton, est d’autant plus important pour moi qu’il porte sur la danse traditionnelle.

Au travers de toutes ces activités, j’ai eu matière à développer une compétence majeure qui était l’un de mes objectifs principaux : la pédagogie au travers de l’enseignement. En effet, j’ai toujours dû m’acclimater à des publics très différents dans des milieux tout aussi variés. Tout ceci dans le contexte d’une culture qui n’est pas la mienne et par là, l’obligation de s’adapter et à être toujours plus flexible.

Braslaw

Tous ces points positifs n’empêchent pas que j’aie rencontré parfois des difficultés à m’adapter ou à comprendre cette culture notamment au sein de mon travail où probablement le mystère demeurera pour moi. J’ai rencontré aussi des difficultés au sein de la colocation. En effet, la cohabitation avec exclusivement des filles plus jeunes, de cultures différentes et de personnalités différentes, n’est pas toujours chose facile surtout lorsque l’on préfère vivre seul en général.

Cela étant, je pense que cette expérience que j’inclus totalement à mon parcours de vie m’a permis, j’en suis sûr, de développer un certain nombre de compétences qui aura une influence dans mon futur à la fois proche et lointain.

En bref, je conseille à tout le monde d’affronter l’inconnu pour peut-être faire face à une instabilité qui, dans un premier temps, fait peur, mais aussi pour réussir à s’enrichir au contact des autres et de soi-même. C’est un enrichissement infini qui se présente alors à nous.

Bélarus… pays aux yeux bleus qui fait référence aux dix mille lacs qui parsèment son territoire. C’est bien cette expression qui caractérise le mieux ma dernière expérience au milieu des lacs du nord autour de la ville de Braslaw. Nous partons, mes colocataires ainsi qu’Elsa et Arthur que l’on rencontre peu de temps avant, finalement à 7 dans cette expédition dont le but est de s’enfoncer dans la nature. Chance ; l’été indien est au rendez-vous ! Ingrid et moi conduisons le mini-van  que nous avons loué et hop ! la petite famille est partie sur les chemins du pays qui clôture mon expérience et embraye celle de mes colocataires qui commence tout juste leur volontariat.

Ô que la nature est belle ! Les feuilles des arbres sont de toutes les couleurs, du jaune le plus lumineux au marron le plus foncé comme si les forêts s’étaient habillées d’or et de feu. Nous ne finissons pas d’être éblouis. Cependant, les nuits sont fraîches et le manteau n’est pas de trop.

Le dernier soir, nous avons l’opportunité d’aller dans un bania tout en bois au bord d’un lac, qui sera mon premier sauna avec saut dans le lac en pleine nuit. Nous frappons légèrement nos corps avec des branches de bouleau, une façon de réactiver la circulation du sang comme le veut la tradition. Quelle belle sensation de plénitude et de liberté ! Nous sommes sereins et vaillants et accompagnons notre périple de longues discussions philosophiques.

Ce fut ma dernière expérience de voyage au Bélarus, dans ce pays sans montagne, pays coincé entre des empires de caractère, dont les locaux, une fois la confiance établie, vous offrent tout. Ne jamais perdre de vue que les habitants d’un pays ne sont pas le reflet de sa politique et que la liberté se trouve en nous et dans nos yeux !

Pour mon départ, j’ai réalisé une fête pour dire au revoir aux gens que j’ai le plus appréciés. Ils sont presque tous venus, une petite vingtaine de personnes dont beaucoup étaient liés à la danse. J’ai eu la joie de pouvoir danser une dernière fois avec eux les danses biélorusses, arméniennes et françaises. Ils m’ont chanté des chansons traditionnelles biélorusses et arméniennes. Qui plus est, Elsa m’a écrit une chanson sur mon expérience au Bélarus sur l’air de La Montagne de Jean Ferrat. Tout ceci était un immense cadeau de départ qui m’a beaucoup ému.

Gateau d'au revoir

Regarder la fraîcheur de l’automne s’installer peu à peu dans la ville et sur les arbres, c’est comme dire au revoir à cette expérience hors du temps et d’une valeur inestimable.
Regarder les arbres comme dans un dernier cri d’union perdre leur vêtement feuillu pour s’endormir peu à peu dans un sommeil profond en attendant le renouveau éclatant immuable.

Dans ce pays qui m’était inconnu et dont j’ai soulevé le premier voile, voilà qu’il est venu le temps de lui faire mes adieux. Je pensais que j’étais fort de mes expériences précédentes, que j’avais pris de l’âge, que ce départ ne m’affecterait pas autant, mais après un an passé à tisser des liens, je ne pensais pas qu’un si bel ouvrage avec de si beaux motifs se dévoilerait à moi à la fin. Je dois l’avouer, au fur et à mesure que les jours passent mon cœur se serre, les larmes me montent aux yeux à chaque embrassade chaleureuse d’un nouvel ami que je quitte.

Auteur : Florian Karoubi

N.B. : les photos appartiennent à Cultinera et ne peuvent être reproduites sans autorisation.

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