La mezouza

La mezouza est ce petit objet que l’œil averti remarque souvent fixé sur le montant des portes des maisons ou des appartements. Là où on la trouve, la mezouza, ou l’empreinte qu’elle a laissée, atteste de la présence actuelle ou ancienne de communautés juives. Symbole de protection du foyer, essayons de comprendre son rôle et son attachement aux arts.

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Description de l’objet :

La mezouza (de l’hébreu : מזוזה, pluriel mezouzot) désigne un petit boîtier que l’on fixe sur le montant des portes des demeures juives ainsi que sur celles des synagogues. L’étui est fixé à droite dans le sens de l’entrée, en biais afin de pointer vers l’intérieur de la pièce concernée, et aux deux tiers de la hauteur de la porte.

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Schéma de positionnement d’une mezouza sur le montant d’une porte

Dans la maison, une mezouza est aussi fixée sur l’encadrement de la porte de chaque pièce – exception faite de la salle de bains et des toilettes, de même qu’un éventuel balcon. Une cérémonie de pose de mezouza a généralement lieu lors de l’emménagement dans une nouvelle habitation, lors d’une pendaison de crémaillère bien souvent.

Ce boîtier contient deux textes de l’Ancien Testament (texte commun aux religions chrétienne et juive). Ce texte communément appelé le Chema Israël, qui signifie « Écoute, Ô Israël », évoque la prescription divine de marquer spécifiquement l’encadrement des portes. La mezouza en est ainsi une mise en abyme : le texte contenu dans le boîtier en est la prescription et l’explication.

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Texte du « Chema Israël », Deutéronome, chap. 6, v. 4-9 et chap. 11, v. 13-21.

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Son origine :

Le mot mezouza apparaît pour la première fois dans l’Ancien Testament lors de l’esclavage en Égypte des Hébreux, au moment de la dernière des dix plaies infligées aux Égyptiens par Dieu. La veille de la plaie de la mort des premiers-nés d’Égypte, juste avant que les Hébreux ne quittent l’Égypte, Dieu leur demande de faire un signe sur leur porte pour distinguer les maisons juives des maisons égyptiennes : « Ils prendront du sang [d’agneau pascal] et ils en teindront les deux montants (mezouzot) et le linteau des maisons » (Exode 12,7). Par association, le mot mezouza signifie le boîtier qu’on fixe au montant de la porte.

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Mezouza sur le montant d’une porte de maison à Cuba

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Sa fabrication :

Le texte est écrit à la plume sur un parchemin par un scribe, appelé sofer stam, habilité à cette tâche ainsi qu’à celle du rouleau de la Torah, selon des règles précises, à l’encre noire. S’il y manque une seule lettre ou qu’il comporte la moindre erreur d’écriture, le texte n’est plus valable ; aussi, on fait vérifier régulièrement les mezouzot, pour s’assurer que l’écriture ne s’est pas altérée avec le temps. Ce parchemin est roulé, écriture vers l’intérieur. Au verso du parchemin apparaît un des noms juifs de Dieu, Chadaï, qui apparaît donc à l’extérieur du parchemin roulé. Ce nom correspond aux initiales de trois mots en hébreu : Shomer Daltot Israël, « Gardien des portes d’Israël ».

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Intérieur de mezouza avec textes visibles

Le mot Chadaï, tout comme le mot Chema, nom du texte de la mezouza, commence en hébreu par la lettre chine (ש) ; on la retrouve ainsi comme ornement sur le boîtier des mezouzot.

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Une symbolique forte :

La mezouza revêt une symbolique de protection divine sur la maison juive. Une habitude veut que l’on touche ou embrasse la mezouza en franchissant le seuil de la porte, en entrant comme en sortant. Cela atteste d’une recherche de relation plus personnelle avec Dieu, la mezouza est alors vue comme une manifestation de ce lien ; elle est un média et non l’objet même du sacré. Il existe l’usage de faire de même avant de se mettre au lit, car le sommeil est considéré comme une petite mort.

Une dérive de cette symbolique forte fut la perception par certains groupes d’un pouvoir protecteur démesuré de la mezouza. Elle aurait le pouvoir de protéger des catastrophes naturelles et même de rendre les femmes fertiles… C’est pourquoi le maître, médecin et penseur médiéval Maïmonide précise dans l’un de ses ouvrages que la mezouza ne doit pas être considérée comme une amulette.

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Mezouza et art :

L’esthétique du boîtier de la mezouza est aujourd’hui très diversifiée, les fabricants et artisans rivalisent d’originalité pour les matériaux utilisés (bois, plastique, métal, verre ou pierre), son décor et le graphisme de la lettre chine (ש).

Objet singulier et « habité », la mezouza a inspiré aussi les beaux-arts. Salvador Dalí s’inspira de cet objet pour en faire des épreuves en bronze. En 2004, dans le cadre d’une exposition au Jewish Museum de New York, l’artiste Allan Wexler a monté un projet la prenant pour thème. Il y interrogeait la frontière entre intérieur et extérieur, domaine privé et domaine public.

8.Allan Wexler, Mezouza dans une boite, NY, Jewish museum
Allan Wexler, Mezouza en boîte, Projet Mezuzot, 2004, Jewish Museum, New York, bois, acrylique, clous.

Auteur : Lior Toledano


Pour aller plus loin :

Crédits photo :

  • Mezouza en boîte : Contemporary Judaica Acquisitions Committee Fund
  • Couverture, schéma et texte en hébreu : CC by SA

Les autres photos appartiennent à l’auteur de l’article ou à Cultinera et ne peuvent être reproduites sans autorisation.

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2 réflexions sur « La mezouza »

  1. Merci beacoup pour cet article très documenté.J’ai acheté des mezouza réalisées par des artistes israéliens pour sublimer la mitzva. En tant que Séfarade je les ai placées droites mais je sais que les ashkénazes les fixent en biais.

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