Sur la culture nomade

Kazakhstan, pays de steppes, Kirghizistan, pays de montagnes ; aux peuples tous les deux très marqués par leur passé (semi)-nomade. (Semi)-nomade ? C’est-à-dire qu’ils n’avaient pas de logement fixe et changeaient leur habitat pour trouver l’herbe la plus verte possible pour leurs animaux. Semi, car pour certains la vie nomade ne se prête qu’en été, et l’hiver ils ont un chez-soi fixe. C’est notamment le cas de beaucoup de Kirghizes qui montent (aujourd’hui encore) dans les pâturages pour l’été avec leurs yourtes, chevaux, moutons et/ou vaches, mais vivent dans des villages l’hiver. (C’est ce qu’on appelle la transhumance par chez nous.) Pour information, c’est le centre de la yourte qui est représenté sur le drapeau du Kirghizistan.

Le drapeau kirghize flotte sur les montagnes
Le drapeau kirghize flotte sur les montagnes

Mais aujourd’hui, que ce soit au Kazakhstan ou au Kirghizistan, la population est majoritairement sédentaire. Dans les montagnes on trouve des bergers qui sont payés par des villageois pour s’occuper de leur bétail et un berger garde les animaux de plusieurs personnes. Au Kirghizistan, environ 40 % de la population vit de l’agriculture, c’est-à-dire de la vente d’animaux et de produits dérivés (laine, lait) ainsi que de la vente de fruits. Une famille qui veut envoyer un enfant étudier à l’université essaie de faire grandir son troupeau afin de le vendre au moment où l’enfant commence ses études.

La vie se fait encore beaucoup au jour le jour. Il est encore très courant de travailler comme journalier, et si en une journée suffisamment d’argent rentre pour la semaine, on attendra la semaine suivante pour travailler à nouveau. C’est peut-être un peu exagéré, mais ça donne une idée : par exemple, même si chaque année les parents doivent acheter l’uniforme pour leurs enfants, chaque année ce n’est qu’au 31 août qu’ils s’inquiètent de comment payer les uniformes. L’autre face du problème, c’est que s’ils ont besoin d’argent, ils font un crédit à la banque. Et par ce même principe, ils se retrouvent à payer des taux astronomiques, car ils font des crédits sans avoir de plans de remboursement. Et s’ils ne peuvent plus rembourser, c’est leur maison qu’ils perdent.

Une yourte
Une yourte

Le cheval est partie intégrante de la culture du pays. C’était à cheval qu’on se déplaçait, et qu’on transportait notamment la yourte, maison amovible en bois et en feutre. C’est aussi à cheval que le berger garde son troupeau. Les juments sont traites pour fabriquer du  kymyz, leur lait qui est fermenté, légèrement alcoolisé. Et ici pas de scandale si on trouve de la viande de cheval dans les lasagnes, il fait partie intégrante du menu. C’est également l’animal central du célèbre jeu bouzkachi, populaire sous différentes formes dans les pays d’Asie Centrale, où des cavaliers se battent pour mettre le cadavre d’un bouc dont on a coupé la tête dans un trou après lui avoir fait décrire un certain trajet. J’en profite pour vous inviter à lire Les Cavaliers de Joseph Kessel, un livre absolument magnifique sur le bouzkachi en Afghanistan avant que le pays ne soit ravagé par la guerre, qui vous racontera ce sport de façon poétique et à vous prendre aux tripes. Sinon je vous recommande l’excellent article sur les World Nomad Games qui se sont tenus l’an dernier dans la vallée à côté de Grigorievka, où ils ont fait une super vidéo, notamment d’une version du bouzkachi.

 

Aujourd’hui, si on trouve toujours les bergers à cheval dans les montagnes, on y trouve aussi les attrape-touristes qui peuvent se montrer bien insistants pour essayer de vendre un tour à cheval. Ils sont accompagnés de leurs amis les (ex-)chasseurs à l’aigle qui proposent de faire une photo avec leur animal. Si vous venez vous promener dans ces contrées, je vous invite donc à faire attention aux conditions de traitement des animaux. Car s’il est beau de voir les animaux paître gaiement dans les prairies, il est moins beau de les voir les deux pattes avant liées afin de les empêcher de s’en aller trop loin, avec dans certains cas la peau à vif, car la corde est vraiment trop serrée.

Le côté nomade a aussi laissé certaines traces dans la gestion des déchets. À l’époque, comme ils changeaient de campement, au moment du départ ils pouvaient laisser sur place tous les déchets qu’ils avaient, qui étaient biodégradables et qui ne seraient plus visibles l’année suivante. Aujourd’hui, avec la même nonchalance, ils jettent toutes sortes de déchets par terre, qui ne sont malheureusement plus biodégradables. On peut ainsi trouver des petits tas d’amiante un peu partout dans le village, des emballages de bonbons partout, des bouteilles plastiques dispersées dans les montagnes. Un parent ne réprimandera même pas son enfant s’il le voit jeter un papier par terre puisqu’il trouve cela normal lui-même.

À table, la viande occupe une place centrale puisque c’est la ressource par excellence, le terrain montagneux ou les steppes, combinés à une vie nomade se prêtant moins à l’agriculture, et les végétariens sont un peu vus comme des extraterrestres par les locaux. Il n’empêche que de nombreuses variations des plats à base de viande ont vu le jour et il est aujourd’hui facile de trouver une option sans viande, souvent à base de patates, chou et carottes.

Si vous êtes de passage dans le pays, je recommande la visite du musée d’histoire de Karakol où se trouve une exposition photographique permanente des photos d’Ella Maillart, grande voyageuse suisse, lors de ses voyages en Asie Centrale au début du XXe siècle qui donne une superbe idée de ce qu’était le pays avant que les Soviétiques ne prennent le contrôle. Et si vous avez envie de vous évader sans avion, vous pouvez vous procurer un de ses livres, Des monts célestes aux sables rouges ou bien Oasis interdites dont est tirée la citation suivante :

Soudain je comprends quelque chose : je sens maintenant, par toute la force de mes sens et toute celle de mon intellect, que Paris n’est rien, ni la France, ni l’Europe, ni les Blancs… Une seule chose compte, envers et contre tous les particularismes, c’est l’engrenage magnifique qui s’appelle le monde.

Je n’ai malheureusement pas trouvé de librairie qui vende ses livres en français, je prends donc mon mal en patience et lis en ce moment Il fut un blanc navire de Tchingiz Aitmatov, qui raconte la vie d’un garçon dans les montagnes kirghizes au bord du lac Issyk Kul. Je lis en russe donc je lis doucement, mais je le recommande chaudement. L’auteur est très populaire et c’est lui également qui a écrit Djamila, une histoire d’amour traduite en français par Louis Aragon.

Auteur : Elsa Pivard


P.S. : les photos appartiennent à l’auteur et ne peuvent être reproduites sans son consentement.

Pour retrouver l’article en version bilingue (et les autres carnets de voyage d’Elsa en Asie centrale), rendez-vous sur le site Elsacados.

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