La céramique d’Horezu

La céramique d’Horezu est un artisanat traditionnel représentatif d’un savoir-faire unique perpétué par de nombreuses générations depuis au moins 300 ans. Pour cela, elle a été inscrite sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO en 2012. Fabriquée à la main encore aujourd’hui, on la trouve dans la ville d’Horezu dans le nord de l’Olténie, région du sud-ouest de la Roumanie.

Localisation d’Horezu en Roumanie

Une fabrication en 4 temps :

  • L’extraction :

En tant que savoir-faire traditionnel, les différentes étapes du processus de fabrication sont réparties entre les hommes et les femmes : l’extraction de la glaise locale qui se fait à la main implique une force physique certaine et, par conséquent, elle est dévolue aux hommes. L’argile est ensuite arrosée d’eau, passée au malaxeur, une sorte d’outil en bois qui la débarrasse de ses impuretés afin d’obtenir des pièces lisses. Puis elle est pétrie à la main ou avec les pieds afin d’être homogénéisée. Ces étapes, dont la technique est transmise de père en fils, transforment la pâte en une argile rouge typique des poteries la région.

  • Le modelage :

Ensuite a lieu le modelage des pièces, à la main ou sur tour. L’ordre des opérations est toujours le même, selon une technique de doigté particulière qui réclame autant de concentration, que de force et d’agilité. Néanmoins, il s’agit d’une technique manuelle qui laisse donc place à la personnalisation de chaque potier ; ce qui fait que chaque objet est unique.

Les pièces une fois modelées sont laissées à sécher pendant quelques jours. Les formes obtenues sont le résultat de l’expérience et du savoir-faire transmis en continu. On distingue les pièces les plus communes d’un service : assiettes dites tallere, soupières, saladiers, tasses, cruches, vases, gourdes, service à vin et à café, etc. ; lesquels reflètent l’intérêt de la communauté et des consommateurs.

  • La décoration :

Il s’agit d’un travail de finesse réservé aux femmes qui utilisent des outils et des techniques spécifiques pour tracer les motifs traditionnels. Avant tout, une base blanche est appliquée sur l’ensemble de la pièce afin de mieux faire ressortir les motifs colorés. Ceux-ci donnent leur caractère unique à la céramique d’Horezu. Les couleurs se déclinent autour d’un panel de nuances vives de brun foncé, rouge, vert, bleu et « ivoire d’Horezu ». Elles sont fabriquées à partir de pigments minéraux et apposées à l’aide d’une corne de bœuf évidée et d’un bâtonnet prolongé d’un fil de fer ou d’une plume d’oie pour les lignes fines.

Chaque artisan a son style ; à l’unicité des pièces modelées s’ajoute le choix de la décoration qui entraine la création d’œuvres uniques.

  • La cuisson :

La dernière étape est la cuisson au four à bois à une température très élevée afin d’assurer sa résistance à la poterie finale. Le four est bâti en brique, en forme de cône avec sa base sur le sol.

On distingue deux temps de cuisson afin d’obtenir des céramiques généralement émaillées :

  • Le feu de rougeur ou 1er feu est une cuisson oxydante pour obtenir le « biscuit » qui aura alors pris une couleur rouge. Les pièces sont laissées jusqu’au lendemain dans le four, ce qui permet un refroidissement progressif.
  • Les œuvres sont ensuite vernies afin de préserver et de renforcer les couleurs avant un deuxième passage au four dit « feu d’émail » ou 2e feu qui permet au vernis de se transformer en émail transparent. On attend à nouveau jusqu’au lendemain avant de pouvoir vendre les objets finis.

Ainsi, le processus de fabrication dure de 3 semaines à 1 mois.

Le four en brique

Formes et motifs :

Les formes et motifs des céramiques d’Horezu se différencient de ceux du reste de la région et du pays et ont été préservés grâce au savoir-faire qui a été transmis de génération en génération. Bien que chaque atelier ait son propre style et ses motifs de prédilection, on retrouve d’anciens symboles communs, notamment le cocosul, le coq, oiseau solaire, motif le plus important de toute la céramique d’Horezu au point de devenir l’emblème des potiers de la ville. Mais on peut aussi remarquer l’arbre de vie, la spirale qui symbolise le tourbillon de la vie, des décorations florales qui sont souvent des symboles de prospérité, des motifs géométriques. Le coq, le poisson et l’oiseau sont par ailleurs des symboles chrétiens.

Outre les motifs cités, les céramiques d’Horezu sont aussi connues pour une technique décorative propre à la ville : le jiràvirii consiste à tirer la couleur fraichement étalée sur la poterie – tout en déplaçant la pièce – avec un instrument nommé gaïta, un bâtonnet prolongé d’un fil de fer pour le dessin très fin.

Technique du jiravirii avec la gaïta

Aujourd’hui, un savoir-faire largement reconnu :

Synthèse de la technique et de l’art, la céramique d’Horezu est depuis longtemps appréciée dans toute la Roumanie pour ses qualités utilitaires et décoratives.

Comme le souligne le comité de l’UNESCO, « les techniques, l’art et les connaissances associés à cette céramique sont les marqueurs symboliques de l’identité des communautés d’Horezu et d’Olari ». Les familles d’Horezu vivent principalement du travail de la céramique qui donne effectivement à la communauté un sentiment d’identité tout en maintenant une fonction sociale dans la vie quotidienne. A l’origine, les potiers et leurs ateliers étaient rassemblés dans la rue Olari qui signifie rue des potiers et leurs maisons sont, encore aujourd’hui, parées de pièces de céramique. Aujourd’hui il s’agit plutôt de la rue touristique de la ville où l’on trouve nombre de magasins d’exposition et boutiques de souvenirs. La plupart des ateliers se trouvent désormais dans les collines, au nord de la ville.

rue Olari

Si la transmission de ce savoir-faire se faisait traditionnellement de père en fils et de mère en fille, l’apprentissage s’est aujourd’hui étendu à des apprentis de diverses origines. La céramique d’Horezu s’est démocratisée par l’organisation de festivals et d’expositions, notamment la célèbre foire de céramique qui se tient depuis 1971, appelée « Le coq de Horezu », dont le but est de promouvoir le savoir-faire et l’identité communautaire.

Auteur : Estelle Pautret


Pour aller plus loin :

Crédits images : Unesco.org, CC BY-NC 2.0 : PureRomania, CC BY-NC-ND : CameliaTWU, CC by SA : Pixabay, maxpixel, pxfuel.

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