Le sumo, entre spiritualité et sport

Aux origines du sumo

Le sumo (相撲, sumō), littéralement « se frapper mutuellement », ou combat sumo, est un sport de lutte japonais ancestral, intimement lié à l’histoire du pays.

Dans la mythologie japonaise, la légende relate qu’il y a 2 500 ans, le premier combat sumo eut lieu entre les dieux Takemikazuchi et Takeminakata dans le but de déterminer la possession des principales îles japonaises. La victoire de Takemikazuchi entraina la fondation de la famille impériale dont est issu l’actuel empereur.

Une autre légende raconte que les premiers combats entre mortels prirent place en 23 av. J.-C. au cours du règne de l’empereur Suinin, entre Nomi-no-Sukune et Taima-no-Kuehaya. Sukune gagna en blessant mortellement son adversaire, à une époque où il n’y avait pas encore de coups interdits. Sukune est considéré comme le saint patron des sumotoris, selon l’appellation donnée à ces lutteurs de sumo.

Puis l’on considère que le sumo trouva sa place au sein du Shintoïsme, la plus ancienne religion connue au Japon qui remonte à 1 500 ans. Il était alors employé par les Japonais pour divertir les dieux, ou utilisé dans les rituels pour obtenir de bonnes récoltes.

Les premiers combats historiques authentifiés datent de 642, il s’agissait alors de combats entre les gardes du palais, une distraction à la cour impériale mise en place par l’empereur Kogyoku.

Plus tard, l’empereur Shomu (VIIIe siècle) recrute des sumotoris dans tout le pays. Des tournois annuels sont organisés, mêlés à des festivités. Des règles sont alors édictées et le combat sumo devient peu à peu celui pratiqué de nos jours.

Au XIIe siècle, lors d’une période de dictature militaire au Japon, il est reconnu comme un art martial à part entière et sert d’entrainement aux guerriers.

Puis au XVIIe siècle, au cours de l’ère Edo caractérisée par une longue période de paix, l’apparition d’une classe bourgeoise amène le développement du sumo professionnel, dans un cadre sportif, pour la distraction de celle-ci.

Ce n’est qu’au début du XXe siècle que le sumo devient un sport populaire.

Tout se passe sur le dohyô

La notion de dohyô est apparue au XVIe siècle, à une époque où les spectateurs, s’agglutinant autour des lutteurs, jouaient le rôle de limites spatiales. Mais de nombreuses luttes ayant lieu en même temps dans l’espace restreint des cours de château, la mise en place d’une limite de terrain plus concrète s’est imposée.

Le dohyô est une plateforme d’argile carrée de 6,7 m de côté, sur laquelle un cercle de 4,55 m de diamètre est formé par des bottes de paille de riz semi-enterrées. Les dimensions spécifiques étaient basées sur des shaku, ancienne unité de mesure japonaise qui correspond à la longueur d’un bâton rituel ou sceptre utilisé par les prêtres shinto, ce qui nous rattache ici aussi à la dimension spirituelle qui encadre cette pratique. Dans le même esprit, un toit est généralement suspendu au-dessus du dohyô ou soutenu par 4 piliers, en rappel du sanctuaire shinto.

Enfin, le dohyô est recouvert de sable fin, afin de déterminer si l’un des lutteurs a touché le sol en dehors du cercle, ce qui signe la victoire de son opposant.

Les combats

En général, les combats sont extrêmement rapides et dépassent rarement la minute. Le but du jeu est de faire sortir l’adversaire du cercle dessiné sur le terrain ou de lui faire toucher le sol avec une partie du corps différente des pieds.

Il est interdit de donner des coups de poing, des coups de pied au-dessus des hanches, d’étrangler et de tirer les cheveux.

La ceinture portée par les sumotoris est le mawashi, elle représente la seule prise autorisée pendant le combat. C’est une bande de tissu qui peut faire jusqu’à 9m de long, pliée de manière à cacher les parties génitales. Le mawashi est en soie pour les lutteurs des deux divisions supérieures, en coton pour les autres. Il peut être de différentes couleurs, mais est toujours uni.

Les tournois majeurs sont au nombre de 6 par an et durent 15 jours. Les lutteurs des deux divisions supérieures ont en général un match par jour.

– Hatsu basho à Tokyo en janvier ; Haru basho à Ōsaka en mars ; Natsu basho à Tokyo en mai ; Nagoya basho à Nagoya en juillet ; Aki basho à Tokyo en septembre ; Kyūshū basho à Fukuoka en novembre.

Rites et personnages encadrant le sumo

De nombreux rites traditionnels entourent ce sport et sont souvent plus conséquents que le combat en lui-même.

Juste avant le duel, un cérémonial issu des pratiques liées au Shintoïsme vise à préparer mentalement les sumotoris à la lutte. Tout commence avec le yobidashi, personnage qui présente les lutteurs et encadre le combat. Ses paroles, scandées sur un ton à mi-chemin entre le chant traditionnel japonais et les annonces des crieurs publics, sont rythmées par des mouvements d’un grand éventail auquel on le reconnait. Il introduit en premier le lutteur côté ouest : son nom, son grade, son lieu d’origine et son écurie, puis termine par le lutteur côté est, considéré comme honorifique.

Trois rites principaux s’en suivent :

  1. Les lutteurs une fois sur le dohyô, après avoir été appelés par le yobidashi, frappent le sol avec leurs pieds dans des mouvements amples pour chasser les esprits ; mouvement appelé le shiko qui sert également d’assouplissement.
  2. Des lutteurs – le gagnant du combat précédent et le participant au suivant – se tiennent sur les coins du dohyô afin de donner à chaque lutteur une coupe d’eau de purification appelée chikara mizu ou eau de force, servie dans un récipient en osier. Les lutteurs se rincent la bouche avec, puis la recrachent discrètement.
  3. Ensuite les deux lutteurs prennent une poignée de sel dans un coin et la lance avec plus ou moins de force sur le dohyô en signe de purification (kiyome no shio).

Ensuite le gyōji, l’arbitre, lance le combat en retournant son gunbai, l’éventail ovale en bois laqué qui le caractérise. Les lutteurs doivent alors toucher le sol de leurs deux mains en signe d’acceptation du combat et l’action peut alors commencer. Ils s’élancent l’un vers l’autre dans un choc qui peut être assez violent.

On retrouve ici et des exemples types de combat avec leurs rituels.

Le gyōji informe oralement les lutteurs au cours du déroulement du match et désigne le vainqueur, à nouveau d’un geste de son éventail en direction du côté de son arrivée (est ou ouest). Cinq autres arbitres, les shimpan – d’anciens lutteurs, assis autour du dohyô peuvent contester la décision du gyōji.

En plus d’arbitrer les matchs, le gyōji a un certain nombre d’autres responsabilités : il lui revient de remettre au gagnant sa prime, directement sur le dohyô à l’issue du combat, en lui tendant l’enveloppe sur son éventail. Enfin, c’est aussi lui qui calligraphie le banzuke, le classement des lutteurs de sumo.

Comme pour les lutteurs, il existe un système de classements assez complexe des gyōji qui définit le type de combats que chacun est habilité à arbitrer, en somme des combats correspondant à son niveau. Les gyōji portent un hitatare, costume japonais médiéval de la période d’Ashikaga ou époque de Muromachi (1333-1573). Ils sont en coton pour les moins gradés et en soie pour les gyōji arbitrant la catégorie supérieure. Les gyōji portent également un petit chapeau noir évoquant ceux des prêtres shintos.

Gyoji en hitatare, le costume typique

Formation et grades

Le sumo professionnel est enseigné dans des écoles appelées écuries. Les sumotoris vivent tous ensemble et les sorties sont quasiment interdites. Ils passent le plus clair de leur temps à s’entrainer, manger et dormir ; notamment la sieste après le déjeuner pour « bien grossir ».

Il n’y a pas de catégorie de poids pour les sumotoris, mais plus ils sont lourds, meilleure est leur stabilité ; il est effectivement plus difficile pour un sumo léger de pousser un adversaire lourd en dehors du dohyô. En moyenne, les lutteurs professionnels pèsent entre 150 et 180 kgs. Leur menu quotidien servi dans les écuries est fait de chankonabe, un ragout japonais très calorique.

Chankonabe, le ragoût japonais calorique

Le sumo professionnel implique 500 à 600 lutteurs répartis en 6 divisions, dont le niveau le plus important, Makuuchi, est lui-même divisé en cinq rangs. Yokozuna est le rang le plus élevé que peut atteindre un lutteur sumo. Une fois promu, le yokozuna ne peut plus perdre son titre, mais on attend de lui qu’il se retire si ses résultats ne sont plus dignes de son rang. Un yokozuna ne pouvant pas perdre son titre, le système de promotion est très strict. Il n’y a pas de critère absolu ni de quota : il y a eu des périodes sans yokozuna et des périodes comptant jusqu’à quatre yokozuna. On dénombre au total 73 yokozuna depuis le début du comptage officiel en 1789. Les yokozuna d’origine non japonaise sont très rares : 2 Américains originaires d’Hawaii et 5 Mongols.

Présentation des participants lors d’un match à Tokyo, 2006.

Dans la pratique actuelle

Ce sport vu comme ringard il y a encore quelques décennies est désormais très populaire au Japon, notamment auprès des jeunes et des adolescents. Cela étant, à l’international, le sumo ne représente encore que peu d’engouement. Un nombre de faits divers croissants ne va pas dans le sens de son ouverture à l’échelle internationale. S’il est aujourd’hui connu que dans les écuries, de nombreuses corvées soient généralement imposées aux plus jeunes (cuisine, nettoyage…) tant qu’ils n’ont pas remporté de victoires significatives, ce sont surtout des scandales de maltraitance qui éclatent au grand jour. Cela est sans compter les scandales de dopages, trucages de matchs et agressions…

Par ailleurs, le sumo est toujours une pratique très masculine, l’accès au dohyô est d’ailleurs strictement interdit aux femmes ; les menstruations étant considérées comme impures pour un lieu intégrant autant de rituels sacrés. Mais il est de plus en plus accepté que les femmes assistent aux matchs. Par ailleurs, elles sont autorisées à organiser des rencontres sportives, hors du cadre sacré des dohyô et en sport amateur. Cette pratique est soutenue par la Fédération internationale de sumo qui travaille depuis un certain nombre d’années à l’intégration du sumo aux Jeux olympiques, une façon de redonner ses lettres de noblesse à cet art martial ancestral.

Auteur : Clément


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