La Pâque orthodoxe chez Nathalie

La Pâque orthodoxe, dont le sens religieux est identique au dogme catholique, diffère par ses caractéristiques et ses traditions. Elle n’a pas de date fixe, elle est fêtée entre le 4 avril et le 8 mai selon les années. Cette année, elle tombe le 1er mai.

Florian et moi, nous avons passé la Pâque orthodoxe au sein de la famille de Nathalie, d’origine russe. Elle a vécu plusieurs années en Russie ; elle vit en France tout en restant très attachée à ses racines russes.

Préparation de la célébration :

Nathalie, et sa maman, une vraie babouchka (grand-mère) digne de ce nom, de 96 ans, nous expliquent leur conception de la célébration.

La Pâque est une des fêtes les plus importantes de la religion orthodoxe. Il y a d’abord le carême, une préparation qui dure 40 jours pendant laquelle on jeûne ; c’est-à-dire qu’on ne mange ni lait, ni fromage, ni œufs, ni viande. Babouchka précise qu’avant la révolution en Russie, la vie quotidienne était alors au ralenti. Mais, comme nous l’explique Nathalie, en travaillant, il est difficile de suivre ses règles, elle-même se contente donc de réduire les quantités. Cependant, elle aimerait pouvoir mieux se préparer à l’événement, suivre les offices religieux qui ponctuent toute la période de carême et sont particulièrement nombreux durant la Semaine sainte précédant la Pâque. Celle-ci est l’aboutissement de toute cette préparation.

Un grand ménage est aussi fait à cette période, qui permet de se mettre dans l’atmosphère particulière de l’événement. Bien que le ménage soit un acte régulier, celui précédant la Pâque diffère d’une part parce qu’on approche des beaux jours, mais aussi parce qu’on est dans l’idée de recevoir la famille. Pour Nathalie, cela commence dès qu’elle s’organise, fait les courses pour l’occasion et réfléchit à la réalisation des plats traditionnels.

Elle nous dit qu’elle le voit comme une coutume, sans y penser, tout se fait en famille, presque rituellement. Chacun participe, c’est comme une façon de se rattacher à ses racines, mais aussi à sa famille présente. La fête de Pâques est la plus importante de l’année dans le monde orthodoxe, il n’est donc pas envisageable de ne pas la célébrer.

Babouchka nous donne une petite leçon de sagesse quand elle nous parle de son identité, ne sachant se déterminer plutôt Russe ou plutôt Française. Elle se pense universelle. Ce qui lui semble important, c’est l’entente qui passe entre les gens et ce que l’on veut partager avec eux plus que leur origine.

Les gâteaux de Pâque :

Le samedi vient le moment de la réalisation du gâteau traditionnel de Pâque, appelé lui aussi la Pâque. Le faire est une façon de se rattacher à ses racines. De fait, réaliser cette recette en France rattache Nathalie à ses grands-parents, la notion de réunion en famille.

La Pâque, à la réalisation de laquelle nous avons assisté, est un dessert à base de fromage blanc cuit à feu doux avec de la vanille, du sucre extra-fin, du beurre et des jaunes d’œuf. On y mélange de la crème fraîche épaisse et des morceaux de fruits confits. Puis, on laisse reposer le tout dans un moule percé (pour que ça égoutte). Une fois refroidie et qu’elle est bien égouttée, on la démoule et on décore l’extérieur avec des fruits confits et des amandes.

Mais la Pâque n’est pas l’unique gâteau traditionnel. Il y a aussi les koulitchi : sorte de paneton avec des fruits confits et des raisins secs (cf. image de couverture et suivantes). Leur réalisation est très longue, on s’y prend souvent avec plusieurs jours d’avance.

 

L’église :

Le vendredi, au cours d’une importante cérémonie, a été apporté le symbole du tombeau du Christ au centre de l’église, une sorte de coffre recouvert d’un linceul, sur lequel est posé l’Évangile.

À partir de 20h30 le samedi soir débute la lecture des Actes des apôtres. L’office qui suit est assez court, on ouvre le tombeau-symbole pour révéler l’absence du Christ et annoncer sa résurrection.

Pendant cet office, l’église étant petite, nous faisons comme de nombreuses familles, nous allons sur les tombes de la famille de Nathalie allumer des petits lampions.

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Au cours de l’office, nous nous réunissons devant l’église, les officiants sortent aussi. Chacun un cierge à la main, depuis le prêtre, la flamme de la vie est transmise de cierge en cierge jusqu’à nous. Une procession démarre alors, les officiants et des enfants de cœur tiennent des icônes et des effigies du Christ accrochées à de longs bâtons. Ils chantent la résurrection en marchant et la foule suit. Nous faisons ainsi le tour du cimetière alors plongé dans l’obscurité de la nuit. Cette procession symbolise la quête des saintes femmes au tombeau du Christ pour confirmer, par son absence, qu’il est bien ressuscité.

Après l’office, le prêtre va devant une table qui a été dressée devant l’église où chaque famille a déposé les desserts traditionnels faits maison et des œufs peints afin de les bénir.

S’ensuit une liturgie qui dure entre deux et trois heures. Nous ne restons pas durant ces prières qui se font, comme les offices, en slavon, l’équivalent du latin pour les catholiques. Nous profitons que le cimetière se soit vidé et la nuit tombée pour s’imprégner de l’atmosphère de ce lieu paisible, aux grands arbres protégeant les tombes où brillent des petites bougies de-ci de-là. Une grande sérénité s’en dégage.

Nous rentrons ensuite à l’appartement familial pour les Agapes, le premier repas de fête rompant le jeûne. Il s’agit chez Nathalie d’un koulitch ; un petit peu de la Pâque (parce qu’on est gourmand) et du thé à l’orange.

Le repas de la Pâque :

Le dimanche midi, on met les petits plats dans les grands ; après une période de restriction, on en profite pour étaler l’opulence, autant en nourriture qu’en vaisselle.

Nous voilà tous réunis, entre famille et amis. Le moment du repas est souvent l’occasion de se remémorer des souvenirs de famille. L’œuf de Pâque, symbole central car il représente la Renaissance et donc la résurrection, comme nous l’avons vu dans l’article sur les œufs décorés, est un des éléments les plus importants présents sur la table. Des œufs, destinés à être mangés, ont été cuits et teintés, comme souvent, en rouge, couleur de fête en Russie. L’ensemble du repas est froid. On trouve diverses salades composées :

  • une salade de choux, avec des oignons et des pommes, mélangés avec de la mayonnaise
  • une salade russe : salade de petits pois avec des betteraves et des pommes de terre, tous colorés en rouge par la betterave.
  • Une salade de champignons à l’ail

Mais encore : du fromage à l’ail, des asperges, du poulet, du jambon. Le tout agrémenté de petites fleurs, toutes comestibles, ramassées le matin même par la soeur de Nathalie et son compagnon, amoureux de la nature et de ses ressources.

Puis vient le dessert, la Pâque, décorée avec soin, accompagnée d’un koulitch, de meringues (les blancs des œufs non utilisés pour la Pâque) et moult petits œufs en chocolat. Le repas se termine tard dans l’après-midi après le thé et de nombreuses discussions.

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Traditionnellement, le dimanche et les jours qui suivent sont souvent l’occasion de rendre visite à divers membres de la famille autour de nouveaux repas de festivité. Des buffets restent souvent dressés plusieurs jours durant pour accueillir les visiteurs. La Pâque est en effet une célébration religieuse entourée de nombreux événements et traditions qui s’étendent dans le temps, selon les familles, selon les pays.

Auteur : Estelle Pautret

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