Inde du Nord : Entre vacarme et immobilité

Parachuté dans un autre monde : apprendre le lâcher-prise

Le voyage en Inde commence par l’arrivée à l’aéroport de New Dehli. Au moment où les portes glissantes s’ouvrent, devant moi, j’ai l’impression de respirer solide tellement l’atmosphère est chargée en pollution.

Pour me rendre à la gare Old Railway Station, j’emprunte le métro puis en guise de taxi, je prends mon premier touk touk (petite voiture à trois roues ou vélo) avec lequel je m’engouffre dans de petites ruelles dont l’asphalte est en piteux état.

Touktouk
Les touk touk

Arrivé à destination, j’attends le train qui me mènera à la capitale du Rajasthan, Jaipur, dite la ville rose. On trouve au Rajasthan bon nombre de palais de Maharaja (titre de rois indiens) d’où le nom de la région Raj = roi et sthan = lieu. J’y rencontre une Indienne de Bombay avec laquelle je discute. Elle m’offre mon premier thé indien à la cardamome. Délicieux !

Sur le quai de la gare, j’essaye de reconnaître les ethnies en fonctions des turbans des hommes, mais pas facile à part ceux des Sikhs qui viennent du Panjab, une région du nord-ouest de l’Inde.

La configuration du train-couchettes me rappelle celle des trains-couchettes soviétiques, mais en beaucoup moins bien entretenus. Poussiéreux à souhait !

DSC01473
train-couchettes indien

Ça y est, nous voilà installés et le train part. Le train ne roule pas plus vite qu’un homme qui fait son footing. Dans le train, en permanence des vendeurs passent pour nous proposer leurs produits. À l’extérieur, la végétation se fait rare et laisse plutôt la place à des détritus, pas étonnant quand chacun s’y met pour les semer des fenêtres du train.

Durant les deux jours à Jaipur, je suis directement mis en confrontation avec les problèmes de l’Inde ; surpopulation, misère, sur-pollution, poussière, bruit incessant, tourisme de masse, et surtout, ce qui sera le plus difficile pour moi, tout ce qui est lié à l’odorat. Les odeurs y sont en effet très présentes, très différentes les unes des autres, tout en se superposant les unes aux autres (nourriture, épices, pollution, vomis, excréments (animaux et humains), déchets en décomposition, eau souillée).

Alors que je suis déjà exténué par toute cette effervescence des rues indiennes et de leur fourmillement incessant, un havre de paix se présente à moi, je suis presque guidé par sa nécessité. Dans le renfoncement d’une impasse, je tombe sur un ancien temple abandonné. J’observe, puis je m’assois sur une margelle et, de l’observation, je passe à la contemplation. J’en viens même à fermer les yeux pour savourer la paix qui règne en ce lieu. Je sors de mon sac un pamplemousse rose, juteux à souhait, ramené de France. Je l’épluche délicatement et je le suce pour profiter au mieux de son jus. Cela me fait beaucoup de bien !

Pour me loger à Jaipur, j’ai trouvé sur Couchsurfing une famille indienne qui m’offre l’hospitalité et m’apprend à cuisiner quelques plats typiques râjasthânis.

Le lâcher-prise est fondamental en Inde. Se décrocher de son système de pensée occidentale, voilà un moyen pour moi d’être le plus possible dans l’acceptation des situations qui surviennent à moi lors de ce voyage.

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Recentrage à Pushkar

Je quitte Jaipur en direction de Pushkar, ville aux 400 temples et son ambiance si particulière. Le lac sacré héberge sur ses rives le seul temple indien dédié à Brahma, la divinité de la création, ce qui en fait un lieu de pèlerinage hindou doublement important. Push signifie lotus et kar la main ; l’histoire veut que Brahma, la divinité de la création, laissât tomber des pétales de lotus qui, en tombant sur la terre, donnèrent les cinq lacs sacrés d’Inde, dont celui où fut fondée la ville de Pushkar, aux portes du désert du Thar. Désert qui se situe à cheval sur l’emblématique frontière entre le Pakistan et l’Inde, qui a tant fait couler…

Ma raison première pour me rendre en Inde est un stage de danse : de la danse Kalbélya qui est une communauté gipsy du nord-ouest de l’Inde. Cette communauté nomade du désert a été contrainte de se sédentariser et vit aujourd’hui de mendicité et en donnant des spectacles et des cours de danse, en jouant de la musique, en vendant des bijoux artisanaux ou en charmant les serpents.

Depuis 2010, les chants et danses des Kalbélya sont classés au patrimoine immatériel de l’UNESCO. Cette danse est certainement une des origines du flamenco. Elle s’inspire très largement de l’environnement direct des Kalbélya ; qu’il s’agisse de la démarche langoureuse du chameau, ou encore du paon qui est aussi l’emblème national, et surtout des ondulations du fameux cobra. De fait, ce serpent bénéficie de tout le respect des Kalbélya qui le font danser au son de leur instrument, Poongi.

En approchant les Kalbélyas, je m’apprête à éprouver de près les mouvements et l’esprit de leur danse, dans le cadre d’un stage magnifique organisé par Clara Misrai et notre maître de danse, Sunita Sapera.

Pendant deux semaines, 6 jours par semaine et 6 heures par jour, me voilà en train de suivre cet entraînement entre corps et esprit. Au rendez-vous : méditation, yoga, yoga thaï, stretching, danse Kalbélya, shari dance (danse avec un pot sur la tête), danse intuitive, initiation aux percussions ; kartal, certainement l’ancêtre des castagnettes (kar = main et tal = rythme) et le nagara (sorte de deux tambours)…

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Le nagara raisonne dans la ville tous les jours, au moment des premiers et derniers rayons du soleil. Chacun peut venir jouer des percussions face aux dernières lueurs du soleil qui plongent dans le lac. Un échange en toute simplicité. Une sorte d’appel à la prière est faite par les temples. Nous nous arrêtons et prenons un temps de recueillement pour nous et pour le tout.

Chaque matin, avant de commencer à danser, nous faisons un petit remerciement à trois divinités importantes :

  • Ganesh, très populaire en Inde, il est le dieu à tête d’éléphant : sagesse, savoir et force, il abat tous les obstacles. Il est aussi connu pour sa danse cosmique dont la célébration rassemble danseurs et musiciens pendant une dizaine de jours tous les ans.
  • Saraswati, épouse de Brahma, elle incarne la connaissance, l’écriture et les arts (musique).
  • Shiva Nataraja ou Shiva dansant, littéralement le « roi des danseurs » qui réalise une danse cosmique, symbole de destruction et de régénération/mort et naissance.

Puja

Fleurs et encens leur sont ainsi offerts quotidiennement. C’est ce que l’on appelle une Puja chez les hindous, un rituel d’offrande et d’adoration aux divinités ; moment que j’apprécie particulièrement, car je l’utilise pour me recentrer sur moi et ne pas oublier que je danse pour moi et la beauté du monde.

Nous avons l’opportunité d’aller chez les Gypsys pour voir leur mode de vie et suivre un cours de danse.

Beaucoup, beaucoup de découvertes…

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Un voyage intérieur

Nous avons la chance d’être invités au mariage de l’une de nos voisines de chambre, présente avec ses convives dans notre hôtel pour célébrer l’événement à Pushkar. Les étrangers portent chance dans un mariage indien. Kitch, bruyant, mais convivial, nous saluons la mariée puis on nous pousse vers le buffet où nous voulons essayer le moindre plat. Évidemment, le petit groupe d’étrangers que nous formons attire beaucoup les regards. L’un d’entre eux se décide enfin à nous aborder pour nous proposer de venir danser. Étant venu en Inde pour la danse, nous ne nous faisons pas prier deux fois. Cela a enthousiasmé une petite foule qui s’est formée rapidement autour de nous.

Aux abords de la ville, un téléphérique hors d’âge nous amène au sommet d’une petite montagne où vivent de petites colonies de singes dénommés les black face ou plus spécifiquement Langur blanc (vous comprendrez pourquoi en regardant les photos).

Ah la Nourriture !!! Alors épicée ? Alors pimentée ? Alors mangeable ? Et l’hygiène ? Pour ma part, je l’ai trouvée très bonne, pas si pimentée que mon imaginaire me le présageait. A vous de goûter maintenant !!!

plat-chapati
Thali, plateau et plat traditionnel avec chapati, le pain local.

Toute sorte d’animaux errants : chiens, chèvres, vaches (sacrées), qui broutent ce qu’ils peuvent entre offrandes, ordures ou verdures, il n’est pas rare de voir une vache mâchonner un morceau de carton.

Au final, j’ai préféré vivre un voyage quasi immobile en restant à Pushkar, alors qu’au début je souhaitais naïvement aller visiter les 4 coins du sous-continent indien. En définitive, je n’ai pas même fait les « incontournables », comme on dit dans le jargon des touristes, c’est-à-dire Bénarès traversé par son fleuve sacré ; le Gange ou encore Agra et son fameux tombeau ; le Taj Mahal. Sans aucun regret, sur mon chemin, j’ai voulu privilégier la profondeur, le contact avec l’intérieur du pays et avec moi-même.

Je reste donc à Pushkar pendant la quasi-totalité de mon séjour, que je trouve trop court. Ressentir et observer ce qui se passe autour de moi… Prendre le temps de regarder son reflet dans le lac sacré de cette petite ville, où nombre de pèlerins se recueillent et font leurs ablutions, est un réel luxe que j’essaye de mesurer. C’est un immense cadeau que je me fais. Je me vois grandir. Au pays de la spiritualité, me voilà immergé !

Ram ram comme on dit beaucoup en Inde pour se saluer !

Auteur : Florian Karoubi

N.B. : les photos appartiennent à Cultinera et ne peuvent être reproduites sans autorisation.

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